Le fil : 708 → 710 → 711 → 712
Le parcours reste au niveau 1 de l’aile Denon. Il ne prétend pas résumer toute la peinture italienne du Louvre : il relie quatre salles autour d’œuvres qui ont chacune leur propre histoire de collection, d’une commande de cour à un tableau refusé par l’Église.
Commencez au Salon Carré, salle 708, puis suivez la Grande Galerie jusqu’aux salles 710, 711 et 712.
1. Salle 708 — Botticelli, une Vierge venue de Faenza
La Vierge et l’Enfant, dite Madone des Guidi de Faenza, de Sandro Botticelli, est une tempera sur bois de peuplier de 73 par 49,5 centimètres, datée du troisième quart du XVe siècle (1450-1475). Le format est intime : approchez-vous, ce n’est pas un tableau pensé pour être vu de loin.
Son nom vient du musée Guidi de Faenza, en Italie, où elle se trouvait avant d’être vendue aux enchères à Rome en 1902. Elle passe ensuite dans la collection du baron Basile de Schlichting, collectionneur installé à Paris, qui la lègue au Louvre à sa mort en 1914 — un don, et non une saisie ou un achat royal, ce qui change du reste du parcours.
Dans la même salle, le Portrait d’homme, également de Botticelli, entre au Louvre en 1882, acheté chez le commissaire-priseur Ch. Pillet à un collectionneur privé. Il est alors catalogué comme une œuvre anonyme de l’école florentine du XVe siècle, avant d’être attribué à Filippo Lippi, puis finalement rendu à Botticelli — l’identité du modèle, elle, n’a jamais été retrouvée. Une fine bordure peinte en rouge, encore visible autour de la composition, marque l’emplacement probable du cadre d’origine.
2. Salle 710 — Mantegna peint les amours d’une marquise
Le Parnasse, aussi appelé Mars et Vénus, est commandé à Andrea Mantegna durant l’hiver 1496-1497 par Isabelle d’Este, marquise de Mantoue, pour orner son studiolo du château Saint-Georges. La scène des amours de Mars et Vénus fonctionne comme une allégorie : Isabelle avait épousé le marquis François II de Gonzague en 1490, et le tableau célèbre autant le couple régnant que les muses de sa cour.
C’est la première toile livrée pour ce cabinet privé, un chantier décoratif qu’Isabelle poursuivra plus de vingt ans. Certains repeints — le paysage, la silhouette de Vénus, les têtes d’Apollon et de plusieurs muses — sont aujourd’hui attribués à un peintre de la génération suivante, Lorenzo Leonbruno.
3. Salle 711 — Le concours que Tintoret a livré contre Véronèse
Le Couronnement de la Vierge, dit Le Paradis, est l’esquisse que Tintoret présente en 1582 pour un concours très disputé : la décoration de la salle du Grand Conseil du palais des Doges, à Venise. Face à lui, rien de moins que Véronèse, Francesco Bassano, Palma le Jeune et Federico Zuccaro — la scène devait surmonter le trône du doge.
La toile, 1,43 mètre sur 3,62, appartient ensuite à la famille Bevilacqua à Vérone, documentée dans leurs inventaires dès 1593. Elle est prélevée au palais Bevilacqua en 1797 et entre au Louvre l’année suivante, en 1798 — le même chemin de guerre que plusieurs autres tableaux de ce parcours.
4. Salle 712 — Un portrait sans modèle, une Vierge refusée par l’Église
Le Portrait de jeune homme tenant une statuette est acheté par Louis XIV en 1671 au banquier Everhard Jabach. À l’époque, on l’attribue à Sebastiano del Piombo et l’on croit y reconnaître le sculpteur Baccio Bandinelli.
Les deux identifications se sont révélées fausses : le tableau, peint vers 1550, est aujourd’hui rendu à Bronzino, mais l’identité du jeune homme reste un vrai point d’interrogation pour les historiens de l’art. Le titre actuel, volontairement neutre, l’assume.
Non loin, La Mort de la Vierge du Caravage, achevée fin 1605 ou début 1606, est commandée par Laerzio Cherubini pour l’église Santa Maria della Scala, à Rome — puis refusée par son clergé : le corps affaissé, les pieds nus et gonflés de la Vierge choquaient par leur réalisme cru. Le biographe contemporain Giulio Mancini rapporte que Caravage aurait pris pour modèle une prostituée, peut-être sa propre maîtresse. Le tableau est racheté sur les conseils de Rubens par le duc de Mantoue Ferdinand Gonzague dès 1607, avant de passer par les collections de Charles Ier d’Angleterre, puis par le même Everhard Jabach — et d’entrer, comme le Bronzino voisin, dans les collections de Louis XIV en 1671.
5. Salle 712 — Raphaël, le portrait d’un ami écrivain
Le Portrait de Baldassare Castiglione, peint par Raphaël vers 1514-1515, est une huile sur toile de 82 par 67 centimètres. Le modèle (1478-1529), écrivain et diplomate, est l’auteur du Livre du courtisan et un ami de Raphaël ; le portrait provient de la casa Castiglione, à Mantoue.
Selon la notice du Louvre, parmi ses propriétaires figurent notamment le duc d’Urbin, la grande-duchesse de Toscane et le marchand amstellodamois L. van Uffelen. Le cardinal Mazarin le possède en 1661 au plus tard ; Louis XIV l’obtient des héritiers de Mazarin en 1665 et l’intègre aux collections royales.
6. Salle 712 — Caravage, une diseuse de bonne aventure et une bague volée
La Diseuse de bonne aventure, peinte par le Caravage vers 1595-1598, est une huile sur toile de 99 par 131 centimètres. Une bohémienne lit l’avenir dans la main d’un jeune homme élégant et, ce faisant, lui dérobe discrètement sa bague : une scène de genre prise dans la rue, souvent lue comme une mise en garde contre les fausses prophéties et la séduction intéressée.
Il en existe deux versions, très proches par la composition : celle du Louvre et celle de la Pinacothèque capitoline, à Rome, issue de la collection du cardinal del Monte. Le tableau du Louvre passe par le collectionneur romain Alessandro Vittrici, puis par la famille Doria-Pamphili ; le prince Camillo Pamphili l’offre à Louis XIV en 1665, et il figure à l’inventaire royal de 1683.
Combien de temps
Huit œuvres pour quatre salles : ne vous précipitez pas, chacune mérite qu’on s’y arrête.
- Madone des Guidi de Faenza (Botticelli) — 8 minutes.
- Portrait d’homme (Botticelli) — 5 minutes.
- Le Parnasse (Mantegna) — 10 minutes.
- Le Paradis (Tintoret) — 8 minutes.
- Portrait de jeune homme tenant une statuette (Bronzino) — 8 minutes.
- La Mort de la Vierge (Caravage) — 10 minutes.
- Portrait de Baldassare Castiglione (Raphaël) — 6 minutes.
- La Diseuse de bonne aventure (Caravage) — 6 minutes.
Sources et vérification
Les salles, les datations, les dimensions et les provenances citées ont été vérifiées dans les notices du Louvre.
- Louvre Collections : Madone des Guidi de Faenza
- Louvre Collections : Portrait d’homme (Botticelli)
- Louvre Collections : Le Parnasse de Mantegna
- Louvre Collections : Le Couronnement de la Vierge, dit Le Paradis
- Louvre Collections : Portrait de jeune homme tenant une statuette
- Louvre Collections : La Mort de la Vierge (Caravage)
- Louvre Collections : Portrait de Baldassare Castiglione (Raphaël)
- Louvre Collections : La Diseuse de bonne aventure (Caravage)
Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site du Louvre avant de suivre un itinéraire.
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