Parcours alternatif

Le Louvre hors du circuit direct : un parcours de peinture autrement

Pas une promesse de salles vides : un détour vers Poussin et Claude Lorrain, Vermeer, La Tour et les frères Le Nain, hors de l’axe le plus évident de Denon.

Salles et œuvres vérifiées sur la base de collections du musée

La Dentellière, peinture de Johannes Vermeer, au musée du Louvre
Johannes Vermeer, La Dentellière (v. 1669-1671) — Wikimedia Commons, Domaine public

D’abord, une précision sur la foule

Aucune salle du Louvre n’est garantie calme : l’affluence change avec le jour, l’heure, les groupes et les ouvertures. Ne vous attendez donc pas à des salles désertes.

Elle propose plutôt de quitter l’itinéraire direct vers la Joconde pour quatre salles de peinture des ailes Richelieu et Sully. Vérifiez le plan le jour même : ces étapes ne se suivent pas toutes porte à porte.

1. Salle 826, Richelieu — Poussin et Claude Lorrain

La salle 826, au niveau 2 de Richelieu, est consacrée à Nicolas Poussin. Commencez par La Peste d’Asdod (1630–1631), aussi appelée Les Philistins frappés de la peste.

La notice du Louvre raconte une provenance digne d’un roman : son premier acquéreur connu, Fabrizio Valguarnera, était impliqué dans une affaire de vol de diamants. Le tableau entra ensuite dans les collections de Louis XIV, puis au Louvre avant l’ouverture du Muséum en 1793.

Dans la même salle, Le Débarquement de Cléopâtre à Tarse (1642) est signé Claude Lorrain, l’autre grand peintre français installé à Rome au XVIIe siècle. Les deux hommes s’y lient d’amitié — Claude Lorrain entre en 1643 à l’Académie des Virtuoses du Panthéon, l’institution pontificale que fréquente aussi Poussin — malgré des tempéraments opposés : Poussin est un peintre lettré, formé à la théorie de l’art et à l’Antiquité, quand Claude, resté peu instruit, s’appuie sur une sensibilité visuelle presque instinctive. La scène, tirée des Vies parallèles de Plutarque, montre Cléopâtre débarquant à Tarse pour séduire Marc Antoine.

2. Salle 825, Richelieu — Poussin, l’énigme d’Arcadie et un autoportrait

En salle 825, toujours au niveau 2 de Richelieu, le détour se prolonge avec Poussin. Les Bergers d’Arcadie, vers 1638, montrent des bergers qui déchiffrent l’inscription « ET IN ARCADIA EGO » gravée sur un tombeau. La formule est ambiguë : elle peut se lire « même en Arcadie, moi [la Mort] j’existe » ou « moi aussi, j’ai vécu en Arcadie » — un memento mori ou le regret d’un bonheur passé. La toile, de 85 par 121 centimètres, a appartenu au cardinal Giulio Rospigliosi, futur pape Clément IX, puis à l’ingénieur Henri Avice et au peintre-marchand Charles Antoine Hérault ; Louis XIV l’achète à Hérault en 1685, et elle rejoint le Louvre en 1816 après un passage à Versailles.

Dans la même salle, l’Autoportrait de 1650 est l’un des deux seuls que Poussin ait peints ; l’autre, fait pour Jean Pointel, est à la Gemäldegalerie de Berlin. Celui du Louvre est commandé par son ami Paul Fréart de Chantelou, qui le réclamait depuis 1647 ; Poussin lui promet d’envoyer celui qui réussirait le mieux. Le peintre, en robe grise, le visage de face, tient dans la main droite un papier roulé noué d’un ruban rouge et porte à l’auriculaire une bague à diamant pyramidal, symbole stoïcien de force ; dans le fond, une figure féminine couronnée d’un diadème orné d’un œil incarne la Peinture. Resté dans la famille Chantelou par héritage, le tableau entre au Louvre en 1797, par échange.

3. Salle 837, Richelieu — Vermeer

En salle 837, cherchez La Dentellière de Vermeer, une huile sur toile collée sur bois de seulement 24 × 21 cm. Après les très grands formats de Denon, sa taille oblige à ralentir.

Résistez à la lecture la plus rapide : rien n’indique une dentellière de métier, ni l’épouse du peintre. Le vêtement et le décor placent plutôt une femme de bonne condition, absorbée dans son ouvrage. Le petit livre posé à côté d’elle n’est identifié avec certitude ni comme une Bible ni comme un livre d’heures, mais sa taille correspond à l’un ou l’autre.

À quelques pas, L’Astronome (vers 1668) est le second des deux seuls Vermeer conservés dans les collections publiques françaises. Sa provenance récente est plus sombre que sa scène paisible : le tableau appartient au baron Édouard de Rothschild lorsque sa collection est spoliée en novembre 1940 par les services du Reichsleiter Rosenberg. Convoité par Hitler en personne, il est marqué au dos d’une petite croix gammée à l’encre et expédié vers l’Allemagne en février 1941 dans une caisse portant la lettre « H ». Retrouvé par les Monuments Men dans la mine de sel d’Altaussee en 1945, il est restitué à la famille Rothschild, qui le cède à l’État en 1983 par dation, en paiement de droits de succession.

4. Salle 912, Sully — La Tour et les Le Nain

La salle 912, au niveau 2 de Sully, réunit Georges de La Tour et les frères Le Nain. Le Tricheur à l’as de carreau date de 1636–1640 : le jeu des regards organise la tromperie contre le jeune homme richement vêtu.

Gardez aussi du temps pour le Saint Sébastien soigné par Irène, vers 1649. Redécouvert dans une église normande en 1945, il fut donné au Louvre en 1979 par la Société des Amis du Louvre.

Dans la même salle, la Famille de paysans (vers 1642) illustre l’énigme qui entoure les trois frères Le Nain, Antoine, Louis et Mathieu : les tableaux ne sont jamais signés que du seul nom de famille, « Le Nain fecit », sans prénom. Faute d’archives suffisantes, les historiens de l’art n’ont toujours pas tranché lequel des trois frères a peint telle ou telle toile antérieure à 1648, année de la mort des deux aînés — un « Louis » pouvant tout aussi bien se révéler être un « Antoine ».

Combien de temps

Neuf œuvres réparties sur quatre salles, dont certaines éloignées les unes des autres : comptez une bonne marge de circulation entre chaque étape.

  • La Peste d’Asdod (Poussin) — 8 minutes.
  • Le Débarquement de Cléopâtre à Tarse (Claude Lorrain) — 6 minutes.
  • Les Bergers d’Arcadie (Poussin) — 7 minutes.
  • Autoportrait (Poussin) — 6 minutes.
  • La Dentellière (Vermeer) — 8 minutes.
  • L’Astronome (Vermeer) — 8 minutes.
  • Le Tricheur à l’as de carreau (La Tour) — 8 minutes.
  • Saint Sébastien soigné par Irène (La Tour) — 5 minutes.
  • Famille de paysans (Le Nain) — 6 minutes.

Sources et vérification

Les localisations et les anecdotes ont été vérifiées dans les notices officielles du Louvre.

Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site du Louvre avant de suivre un itinéraire.

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