Itinéraire

Le Louvre en 2 heures : l’itinéraire peinture.

Six salles, une seule aile, un seul étage. De Cimabue au Radeau de la Méduse, sans traverser le musée trois fois.

Numéros de salle vérifiés le 2 septembre 2026

Le principe : ne pas quitter Denon

La plupart des parcours « en deux heures » qu’on trouve en ligne font traverser trois ailes et deux étages pour cocher une liste d’incontournables. On y passe plus de temps dans les escaliers que devant les tableaux.

Celui-ci fait l’inverse. Il reste dans l’aile Denon, niveau 1, et enchaîne six salles qui se suivent, à raison d’une vingtaine de minutes chacune. C’est là que le Louvre a réuni ses plus grands formats et ses tableaux les plus connus. On marche peu, on regarde longtemps.

Un parti pris assumé : ce parcours ne montre que de la peinture. Ni la Vénus de Milo, ni la Victoire de Samothrace, ni les antiquités égyptiennes. Elles sont ailleurs, et les inclure obligerait à courir.

1. Salle 700 — Mollien : deux icônes face à face

On commence par la salle du romantisme, qui contient à elle seule deux des tableaux les plus reproduits au monde.

Le Radeau de la Méduse, de Théodore Géricault (1818-1819), mesure 4,91 mètres de haut sur 7,16 de large. Pour le peindre, Géricault s’est enfermé dans un vaste atelier à Neuilly et a poussé la documentation jusqu’à l’obsession : il est allé étudier les visages des mourants et les corps à l’hôpital Beaujon, s’est fait construire une maquette du radeau par un charpentier rescapé du naufrage, et s’est rendu au Havre pour observer la mer et le ciel.

Cherchez, en bas à gauche de la composition, un naufragé étendu face contre terre, épaules nues. Le modèle est Eugène Delacroix, qui a accepté de poser pour son aîné. Vingt ans plus tard, c’est son propre tableau qui est accroché dans cette même salle.

La Liberté guidant le peuple, d’Eugène Delacroix, porte en réalité le titre Le 28 juillet 1830. Peint entre septembre et décembre 1830, il est acheté par l’État en août 1831 pour 3 000 francs — puis disparaît des cimaises pendant des décennies. Il n’est installé au Louvre à demeure qu’en 1875, quarante-cinq ans après avoir été peint. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est évacué au château de Chambord, puis à Sourches, et ne revient à Paris qu’en juin 1945. Sa dernière restauration s’est achevée en avril 2024 : les couleurs que vous voyez sont plus proches de celles de 1830 qu’elles ne l’ont été depuis un siècle.

2. Salle 702 — Daru : David et Ingres, la France en majesté

Salle voisine, changement d’époque. Ici règnent Jacques-Louis David et son élève Ingres.

Le Couronnement de l’empereur Napoléon Ier (1807) fait 6,21 mètres sur 9,79. David y a peint près de 190 personnages, dont plus de quatre-vingt-dix sont des portraits identifiables. Le détail qui vaut le déplacement : au centre de la tribune, la mère de Napoléon assiste à la cérémonie — alors qu’elle était absente ce jour-là. C’est l’empereur qui a demandé qu’on l’ajoute. Le tableau montre aussi Napoléon s’apprêtant à couronner Joséphine, et non le pape le couronnant lui : David a choisi le moment qui dit le mieux qui commande.

Dans la même salle, Les Sabines de David et La Grande Odalisque d’Ingres. Celle-ci a été peinte en 1814 pour Caroline Murat, sœur de Napoléon et reine de Naples — une commande de famille impériale, donc, exposée au Salon cinq ans plus tard seulement, en 1819. Le dos allongé de la figure a fait couler beaucoup d’encre : Ingres a étiré l’anatomie au profit de la ligne, et n’a jamais cherché à s’en justifier.

3. Salle 708 — Salon Carré : où commence la peinture italienne

On quitte le XIXe siècle pour remonter cinq cents ans en arrière. Le Salon Carré ouvre la longue séquence italienne, et il commence par une œuvre qui ressemble encore à une icône.

La Vierge et l’Enfant en majesté entourés de six anges, dite la Maestà, de Cimabue (1275-1300), mesure 4,27 mètres de haut. C’est une tempera sur fond d’or, peinte sur bois de peuplier. Approchez-vous du cadre : il porte vingt-six médaillons peints — le Rédempteur, des prophètes, les douze apôtres, et des saints parmi lesquels François d’Assise et Claire.

Le tableau ornait l’église San Francesco de Pise jusqu’en 1810. Il entre au Louvre en octobre 1812, au titre des conquêtes militaires — comme les Noces de Cana que vous verrez deux salles plus loin. Une bonne partie de la peinture italienne du musée est arrivée par ce chemin.

Dans la même salle, Botticelli et Fra Filippo Lippi. Le contraste avec Cimabue, à deux siècles d’intervalle, dit à lui seul ce qu’a été la Renaissance.

4. Salle 710 — Grande Galerie : la Renaissance italienne

On entre dans la Grande Galerie, longue enfilade qui court le long de la Seine. La salle 710 en occupe les premières travées.

Le Grand Saint Michel de Raphaël (1518) y est accroché. Il n’est pas arrivé là par hasard : c’est François Ier qui l’a commandé, deux ans après avoir fait venir Léonard de Vinci en France — le vieux maître s’était installé au Clos Lucé, près d’Amboise, à l’automne 1516, avec le titre de premier peintre du roi. Le même souverain, le même appétit d’art italien : plusieurs tableaux de cette galerie viennent de cette impulsion.

Quelques pas plus loin, le Saint Sébastien d’Andrea Mantegna, une tempera sur toile de 2,55 mètres de haut. Regardez son encadrement : la bordure de porphyre est peinte, c’est un trompe-l’œil.

Son histoire vaut le détour. Le tableau quitte l’Italie vers 1481 dans les bagages d’un mariage — celui de Chiara Gonzaga avec Gilbert de Bourbon, comte de Montpensier — et passe les siècles suivants dans une petite ville d’Auvergne, Aigueperse : la Sainte-Chapelle de 1636 à la Révolution, puis l’église collégiale. Ce n’est qu’en 1854 qu’on l’identifie comme un Mantegna, et le Louvre ne l’achète à la commune qu’en 1910. Quatre siècles et demi dans une petite ville d’Auvergne.

5. Salle 711 — Salle des États : la Joconde, et ce qui lui fait face

La salle des États s’ouvre sur la Grande Galerie. C’est la dernière étape, et la plus fréquentée du musée.

La Joconde — de son vrai titre Portrait de Lisa Gherardini, épouse de Francesco del Giocondo, peinte entre 1503 et 1519 — est plus petite que ce que la plupart des visiteurs imaginent. Vous aurez peu de temps devant elle, et une file à respecter.

Le vrai conseil de cette salle est ailleurs : retournez-vous. Dans votre dos se trouvent Les Noces de Cana de Véronèse (1562-1563), 6,77 mètres sur 9,94 — le plus grand tableau du Louvre, et environ cent trente personnages. Il a été peint pour le réfectoire des bénédictins de San Giorgio Maggiore à Venise, prélevé en 1797 par les troupes de Bonaparte et transporté au Louvre en 1798. Il n’est jamais reparti. La quasi-totalité des visiteurs lui tourne le dos pendant qu’ils photographient la Joconde.

6. Salle 712 — Le Caravage, refusé puis convoité

Dernière salle, et la plus sombre. Après la cohue de la Joconde, on redescend d’un cran : beaucoup de visiteurs traversent sans s’arrêter, alors qu’un Caravage de près de quatre mètres y est accroché.

La Mort de la Vierge (1601-1606), 3,69 mètres sur 2,45, a été commandée par le juriste Laerzio Cherubini pour l’église Santa Maria della Scala, à Rome. Le clergé l’a refusée. Ce qu’on reprochait au peintre : avoir traité le sujet trop crûment — une Vierge sans vie, le corps gonflé, la mise négligée, les pieds dépassant du lit. Rien de l’assomption attendue.

Le tableau rejeté a ensuite été l’objet d’une course : le duc de Mantoue l’achète dès 1607, Charles Ier d’Angleterre en 1627, puis le banquier Jabach à Paris, et enfin Louis XIV en 1671. Un siècle après son refus, il appartenait au roi de France.

La salle contient aussi le portrait d’Alof de Wignacourt par le même Caravage, La Grande Sainte Famille de Raphaël et un Bronzino.

Le minutage

  • Salle 700 — 20 minutes. Deux tableaux, mais immenses.
  • Salle 702 — 20 minutes.
  • Salle 708 — 15 minutes.
  • Salle 710 — 20 minutes, en marchant lentement dans la galerie.
  • Salle 711 — 25 minutes, c’est la plus fréquentée.
  • Salle 712 — 15 minutes.
  • Circulation — 5 minutes. Les salles se suivent.

Total : deux heures. Si vous disposez d’un peu plus, la Grande Galerie mérite qu’on y flâne dans les deux sens — l’éclairage change complètement selon le sens de marche.

Sources et vérification

Les numéros de salle, les dates, les dimensions et l’historique des œuvres citées ont été vérifiés un par un sur la base de collections du musée du Louvre (collections.louvre.fr), le 2 septembre 2026.

Le Louvre ferme et réaménage régulièrement des salles. Si vous constatez qu’une œuvre a bougé, écrivez-nous à [email protected] et nous corrigerons cette page.

Écouter le commentaire sur place

Cet itinéraire vous dit quoi regarder et dans quel ordre. Devant l’œuvre, CulturAll vous en donne le commentaire audio : photographiez le tableau, écoutez l’explication, posez vos questions. L’application construit aussi des parcours personnalisés au Louvre selon le temps dont vous disposez.