Milan · Pinacothèque de Brera

Le Sposalizio de Raphaël, ou l'élève qui dépasse le maître

À vingt et un ans, Raphaël peint un tableau qui reprend presque trait pour trait la composition de son maître — et la dépasse si nettement que l'original de Pérugin en paraît raide. L'histoire de comment ce tableau a fini à Milan n'est pas moins mouvementée.

Salles et œuvres vérifiées sur la base de collections du musée

Une salle pour un seul tableau et sa légende

Le Sposalizio della Vergine (Le Mariage de la Vierge), peint par Raphaël en 1504, montre le grand prêtre unissant Marie et Joseph devant un temple circulaire à l'antique, tandis qu'un prétendant éconduit brise de dépit sa branche desséchée au premier plan. Raphaël achève ce tableau juste avant de quitter l'Ombrie pour Florence, à l'âge de vingt et un ans.

1. Un dialogue avec le maître, dans une autre ville

Raphaël compose son tableau en ayant sous les yeux un Sposalizio presque identique peint par son maître Pérugin, conservé aujourd'hui au musée des Beaux-Arts de Caen — même sujet, même temple en arrière-plan, même disposition générale des figures. Mais Raphaël resserre l'espace, donne plus de liberté et de naturel aux poses, et parvient à un effet de profondeur que la version plate de Pérugin n'atteint pas. Cette proximité a longtemps servi d'argument pour confirmer que Raphaël avait bien été l'apprenti de Pérugin, plutôt qu'un simple admirateur de son style.

La Pinacothèque de Brera a organisé en 2016 une exposition confrontant directement les deux tableaux, réunis pour la première fois depuis des siècles — une manière de trancher visuellement un débat qui dure depuis l'époque de Vasari.

2. Volé par un officier, sauvé par un vice-roi

Le tableau ornait à l'origine l'église Saint-François à Città di Castello, en Ombrie. Un officier des troupes napoléoniennes le fait retirer de l'église et le revend à Milan pour une somme importante — un épisode banal dans le grand mouvement de spoliations qui vide les églises italiennes de leurs chefs-d'œuvre à cette période. C'est le vice-roi d'Italie, Eugène de Beauharnais, beau-fils de Napoléon, qui reconnaît la valeur exceptionnelle du tableau et le destine à la future Pinacothèque de Brera, où il est présenté lors de l'inauguration du musée, le 15 août 1809.

Le tableau n'est donc jamais reparti en Ombrie : ce qui a commencé comme un vol de guerre est devenu, deux siècles plus tard, l'une des œuvres les plus visitées de Milan.

Combien de temps

Un seul tableau, mais qui mérite qu'on s'y arrête longuement : cherchez le prétendant à la branche brisée, à droite, et la profondeur du temple qui s'ouvre derrière les mariés.

  • Le Sposalizio della Vergine — 12 minutes.

Sources et vérification

Vérifié sur les notices officielles de la Pinacothèque de Brera (pinacotecabrera.org) et recoupé avec Wikipédia FR/EN.

Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site du Pinacothèque de Brera avant de suivre un itinéraire.

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