Art Institute of Chicago · Salle 240

Un dimanche à la Grande Jatte, et l'esquisse qui montre comment il a été peint

Le tableau qui a donné son nom au pointillisme est accroché ici à côté de l'une de ses propres esquisses préparatoires — une occasion rare de voir, dans la même salle, la touche de Seurat avant et après qu'elle se soit réduite en minuscules points de couleur pure. Autour de lui, Monet et Signac montrent deux autres réponses à la même décennie 1880.

Salles et œuvres vérifiées sur la base de collections du musée

Un dimanche après-midi à l’Île de la Grande Jatte, peinture de Georges Seurat, à l’Art Institute of Chicago
Georges Seurat, Un dimanche après-midi à l’Île de la Grande Jatte (1884-1886) — Wikimedia Commons, Domaine public

Une salle pour l'impressionnisme finissant

Cette salle réunit des toiles de Claude Monet peintes dans les années 1880 aux côtés du chef-d'œuvre de Georges Seurat et d'une toile de Paul Signac — une manière de montrer comment une génération de peintres plus jeunes que Monet a cherché à pousser plus loin, de façon presque scientifique, les recherches optiques de l'impressionnisme.

1. Des dizaines d'esquisses pour un seul dimanche

Un dimanche à la Grande Jatte — 1884, peint par Georges Seurat entre 1884 et 1886, montre des Parisiens de toutes classes sociales profitant d'un après-midi au bord de la Seine, sur une île au nord-ouest de Paris. Seurat prépare cette toile monumentale par une quantité inhabituelle d'études : dessins au crayon conté et esquisses peintes sur panneau, dont plusieurs dizaines sont aujourd'hui dispersées dans des musées du monde entier.

Le tableau entre dans les collections de l'Art Institute of Chicago en 1926, don de Bertha Palmer et de sa famille, l'une des plus grandes collectionnatrices américaines d'impressionnisme de son époque.

2. Le pointillisme n'existait pas encore dans l'esquisse

L'esquisse à l'huile accrochée juste à côté du tableau final montre une touche encore libre, faite de hachures croisées en diagonale — Seurat n'a pas encore réduit son geste au point uniforme qui donnera son nom au pointillisme. C'est en comparant les deux toiles, l'esquisse et la version finale, que l'on voit le mieux la transformation technique que Seurat a menée entre l'ébauche rapide et l'œuvre achevée, où chaque touche de couleur pure est censée se mélanger optiquement dans l'œil du visiteur reculé de quelques pas.

3. Une étude pour l'autre grand tableau de Seurat

L'Étude finale pour « Une baignade à Asnières », peinte en 1883, prépare l'autre chef-d'œuvre monumental de Seurat, aujourd'hui conservé à la National Gallery de Londres : des hommes et des garçons se baignant au bord de la Seine, à Asnières, une banlieue ouvrière qui fait directement face au parc de loisirs de la Grande Jatte représenté de l'autre côté du fleuve. Contrairement aux scènes impressionnistes classiques, Seurat y fige les gestes et les poses plutôt que de capter un instant fugace — tout en gardant de l'impressionnisme sa palette lumineuse et sa touche aérienne.

Le tableau appartient d'abord au collecteur Robert Caze, qui le reçoit de Seurat lui-même, avant de passer par plusieurs collections privées puis par la galerie new-yorkaise Wildenstein ; il rejoint l'Art Institute en 1962, don de David M. et Adele R. Levy. Vue à côté des études pour la Grande Jatte, cette petite huile sur bois montre Seurat au travail sur les deux rives d'un même fleuve, à la même période de sa vie.

4. Monet, la Méditerranée et la Normandie

La Promenade des falaises à Pourville, peinte en 1882, montre deux jeunes femmes au sommet d'une falaise dominant la Manche, dans une lumière d'été et un vent soutenu qui fait contraste avec les bateaux de pêche visibles à l'horizon — l'un des quelque cent tableaux que Monet peint sur la côte normande cette année-là, entre Pourville et Dieppe.

Bordighera, peinte en 1884, documente un tout autre voyage : Monet, séduit par ce village de la Riviera italienne lors d'un passage avec Renoir fin 1883, y retourne début 1884 pour un séjour de travail de trois semaines qui se prolonge presque trois mois. Peinte depuis un promontoire, la composition ne laisse deviner la mer qu'à travers l'entrelacs des pins ; Monet écrira au sculpteur Rodin qu'il se sentait alors « en train de lutter, de me battre avec le soleil ».

Champ de coquelicots (Giverny), peint en 1890-1891, appartient à une série de quatre toiles de format quasi identique que Monet commence en juillet 1890 pour représenter les champs de coquelicots près de sa maison de Giverny — un précédent direct à ses futures Meules, entamées le même été. La surface y adopte une touche homogène, presque tissée, qui tranche avec les touches plus libres de ses paysages normands du début des années 1880.

Rochers à Port-Goulphar, Belle-Île, peint en 1886, documente un séjour que Monet avait prévu de deux semaines sur cette île bretonne à l'automne 1886, et qui s'étire finalement sur plus de deux mois : il décrira les lieux comme « lugubres », « terrifiants » et pourtant « très beaux ». Le tableau montre la frise rocheuse spectaculaire de Port-Goulphar, l'une des rares vues que Monet consacre à cette formation précise.

5. Signac, l'autre pointilliste

Les Andelys, Côte d'Aval, peinte par Paul Signac en 1886, montre un village au bord de la Seine près de Giverny, traité par la même technique pointilliste que Seurat, dont Signac est le principal compagnon de route dans l'invention de ce langage pictural. Des taches triangulaires de bleu suggèrent les courbes du fleuve, tandis que des formes trapézoïdales à l'arrière-plan structurent le coteau cultivé — une géométrisation du paysage typique de l'approche plus systématique que Signac développera tout au long de sa carrière.

Voir cette toile à quelques pas de la Grande Jatte permet de mesurer qu'en 1886, l'année même où Seurat expose sa toile achevée pour la première fois, le pointillisme est déjà devenu un langage partagé par plusieurs peintres, et non l'invention isolée d'un seul artiste.

Combien de temps

Reculez de plusieurs pas devant le grand tableau, puis approchez-vous : c'est le seul moyen de voir la mécanique optique du pointillisme se mettre en place et se défaire. Compter près de trois quarts d'heure pour les six œuvres de la salle.

  • Repères sur la salle — 6 minutes.
  • Un dimanche à la Grande Jatte — 1884 — 12 minutes.
  • Son esquisse préparatoire — 6 minutes.
  • Étude finale pour Une baignade à Asnières — 6 minutes.
  • La Promenade des falaises à Pourville (Monet) — 6 minutes.
  • Bordighera (Monet) — 6 minutes.
  • Les Andelys, Côte d'Aval (Signac) — 6 minutes.
  • Champ de coquelicots, Giverny (Monet) — 6 minutes.
  • Rochers à Port-Goulphar, Belle-Île (Monet) — 6 minutes.

Sources et vérification

Vérifié auprès des notices officielles de l'Art Institute of Chicago (artic.edu) et recoupé avec Wikipédia FR/EN.

Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site du Art Institute of Chicago avant de suivre un itinéraire.

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