Londres · Royal Museums Greenwich · Tudor and Stuart Seafarers Gallery

D'un triomphe contre l'Armada à l'humiliation la plus cuisante de la Royal Navy

En un peu moins de quatre-vingts ans, la marine anglaise passe d'un triomphe resté dans toutes les mémoires à l'un des pires désastres de son histoire — jusqu'à la capture, par une flotte ennemie, du navire amiral qui avait ramené le roi lui-même sur son propre trône. Autour de ces deux épisodes, la salle raconte aussi le commerce maritime, la menace des corsaires barbaresques et l'homme qui avait construit le plus puissant navire de son temps.

Salles et œuvres vérifiées sur la base de collections du musée

Lancement des brûlots contre l’Armada espagnole, peinture anonyme, à Royal Museums Greenwich
École néerlandaise (anonyme), Lancement des brûlots contre l’Armada espagnole (v. 1590) — Wikimedia Commons, Domaine public

Une salle pour deux siècles de guerre navale

Cette galerie retrace les guerres navales anglaises des XVIe et XVIIe siècles à travers les peintres qui les ont documentées, souvent hollandais — une conséquence directe du fait que les Provinces-Unies sont, pendant une bonne partie de cette période, l'ennemi principal ou le rival direct de l'Angleterre sur mer.

1. 1588 : le lancement des brûlots contre l'Invincible Armada

Le lancement des brûlots contre l'Armada espagnole, le 7 août 1588, peint par Aert Anthonisz vers 1590, montre l'un des épisodes décisifs de la tentative d'invasion espagnole de l'Angleterre : des navires anglais incendiés et lâchés sans équipage au milieu de la flotte espagnole ancrée au large de Calais, provoquant la panique et la dispersion des navires ennemis. Le musée précise que la scène, bien qu'inspirée d'un événement réel, reste une reconstitution imaginée plutôt qu'un témoignage fidèle de cette nuit-là. L'épisode marque le début de la déroute de l'Armada, largement achevée par les tempêtes qui frappent ensuite la flotte espagnole lors de son retour par le nord de l'Écosse et l'Irlande.

2. 1667 : le désastre de la Medway

Navires hollandais dans la Medway, juin 1667, peint par Willem Schellinks à la fin du XVIIe siècle, documente en vue panoramique, depuis les hauteurs de Sheerness, l'un des pires désastres de l'histoire de la Royal Navy : sous le commandement de l'amiral Michiel de Ruyter, la flotte hollandaise remonte la Tamise puis la Medway, incendie Sheerness, et détruit ou capture plusieurs grands navires de guerre anglais désarmés et mouillés à Chatham. Parmi les prises hollandaises figure le Royal Charles, le vaisseau amiral qui avait ramené Charles II d'exil aux Pays-Bas lors de la Restauration de 1660 — une humiliation d'autant plus cuisante que ce même navire porte alors le nom du roi lui-même.

3. Peter Pett, le constructeur du navire le plus puissant de son temps

Peter Pett et le Sovereign of the Seas, peint par Peter Lely vers 1645-1650, montre le maître charpentier posant fièrement devant la poupe richement décorée du navire qu'il a construit à Woolwich en 1637 d'après les plans de son père Phineas Pett — considéré comme le navire le plus puissant de son époque. Devenu commissaire du chantier naval de Chatham de 1647 à 1667, Pett se trouve précisément aux commandes de ce même chantier lors du désastre de la Medway, et sera tenu pour responsable de ne pas avoir mis les navires à l'abri à temps.

4. Van de Velde, la menace des corsaires barbaresques

Un navire anglais aux prises avec des corsaires barbaresques, peint vers 1685 par Willem Van de Velde le Jeune, montre un deux-ponts anglais tirant de ses deux bords sur un navire barbaresque en flammes, au milieu de galères en train de couler. Bien qu'aucun combat précis n'ait pu être identifié avec certitude, le tableau illustre un danger bien réel pour les navires anglais dans les années 1660-1670 : les attaques des corsaires nord-africains contre le commerce maritime européen.

5. Vroom, le père de la peinture marine et le commerce en mer

Navires commerçant en Orient, peint en 1614 par Hendrick Cornelisz Vroom, montre une scène de port idéalisée où se croisent des navires hollandais, espagnols et anglais, des marchands en grande tenue négociant avec des marins qui déchargent des marchandises. Les historiens y voient une possible allégorie de la paix pendant la Trêve de douze ans (1609-1621) entre l'Espagne et les Provinces-Unies. Vroom, considéré comme le fondateur de la peinture marine comme genre à part entière, est réputé pour la précision méticuleuse de son gréement.

6. De Ruyter, le vainqueur de la Medway en portrait officiel

Le Portrait de Michiel de Ruyter, peint par Ferdinand Bol en 1667, montre en pied le commandant qui a dirigé le raid sur la Medway quelques mois plus tôt : vêtu d'un habit noir à boutons d'or sur un gilet brodé d'or, il porte un bâton de commandement et un pendentif à l'effigie de saint Michel terrassant Satan, en référence à son admission dans l'ordre de Saint-Michel en 1666. La chaîne d'or et le baudrier ouvragé qu'il arbore lui ont été offerts après sa victoire à la bataille des Quatre Jours, quelques mois avant le raid sur la Medway.

Sur la table drapée de rouge à ses côtés, des instruments de navigation et un globe céleste de Blaeu; à l'arrière-plan, une marine représentant son vaisseau amiral, le Zeven Provinciën, peinte séparément sur une toile insérée par Willem Van de Velde le Jeune — le même peintre déjà présent dans cette salle avec sa scène de combat contre les corsaires barbaresques. Le tableau documente ainsi, sous une forme officielle et glorieuse, l'homme qui a infligé à la marine anglaise l'humiliation racontée dans la salle voisine.

7. Trois corsaires légendaires, et une autre bataille rangée contre les Hollandais

Le triple portrait de Thomas Cavendish, Sir Francis Drake et Sir John Hawkins, peinture de l'école britannique du XVIIe siècle probablement d'après un original perdu de Daniel Mytens, réunit les trois plus célèbres commandants-corsaires de l'époque élisabéthaine : Hawkins à gauche, en noir et chaînes d'or, père de la marine élisabéthaine et architecte de la flotte qui affronte l'Armada ; Drake au centre, la main posée sur un globe en référence à son tour du monde de 1577-1580 ; Cavendish à droite, en pourpoint rouge, qui accomplit lui-même le troisième tour du monde de l'histoire en 1586-1588. Le tableau relie ainsi visuellement le raid de Drake sur Cadix en 1587 et la campagne de l'Armada de 1588 à l'élan plus large de l'Angleterre élisabéthaine vers l'exploration et le raid contre les possessions espagnoles.

Le Royal Prince et d'autres navires à la bataille des Quatre Jours, 1-4 juin 1666, peint par Abraham Storck vers 1670, comprime plusieurs épisodes de cette bataille de la deuxième guerre anglo-hollandaise en une seule composition dramatique : le vaisseau amiral hollandais De Zeven Provinciën (80 canons), sous le commandement du lieutenant-amiral Michiel de Ruyter — déjà présent dans cette salle par son portrait —, le Royal Prince anglais (85 canons) échoué et capturé sur le banc de Galloper, et le Royal Charles (86 canons) sous les ordres du général George Monck. Au premier plan, un navire anglais sombre au milieu d'une tentative de sauvetage — une bataille distincte du désastre de la Medway qui suivra un an plus tard, mais qui appartient au même conflit et aux mêmes protagonistes.

Combien de temps

Un siècle sépare ces deux tableaux de bataille : cherchez comment la même mer a pu porter, à quelques décennies d'écart, la plus grande victoire et la plus grande humiliation de la marine anglaise.

  • Repères sur la salle — 6 minutes.
  • Les brûlots contre l'Armada (Anthonisz) — 8 minutes.
  • Le désastre de la Medway (Schellinks) — 8 minutes.
  • Peter Pett et le Sovereign of the Seas (Lely) — 6 minutes.
  • Navire anglais contre corsaires barbaresques (Van de Velde) — 6 minutes.
  • Navires commerçant en Orient (Vroom) — 6 minutes.
  • Portrait de Michiel de Ruyter (Bol) — 6 minutes.
  • Cavendish, Drake et Hawkins — 7 minutes.
  • La bataille des Quatre Jours (Storck) — 7 minutes.

Sources et vérification

Vérifié auprès des notices officielles de Royal Museums Greenwich (rmg.co.uk / collections.rmg.co.uk) et recoupé avec Wikipédia FR/EN.

Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site du Royal Museums Greenwich, Londres avant de suivre un itinéraire.

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