Baroque flamand et classicisme français, côte à côte
Cette salle réunit des peintures baroques flamandes et des toiles classiques françaises du XVIIe siècle, dont des œuvres majeures de Pierre Paul Rubens, Nicolas Poussin, Jacob Jordaens et Claude Lorrain — deux styles concurrents dans l'Europe catholique de cette période, l'un privilégiant le mouvement et la couleur, l'autre la composition et l'équilibre.
1. Le tableau achevé a brûlé, seule l'esquisse a survécu
L'Enlèvement de Proserpine, peinte par Rubens vers 1614-1615, n'est pas le tableau final commandé au peintre à cette époque, mais son esquisse préparatoire. La version achevée, entrée dans la collection du duc de Marlborough au château de Blenheim, a été détruite dans un incendie en 1861 — ce qui fait de cette esquisse conservée au Petit Palais le seul témoignage visuel restant de la composition originale de Rubens.
2. Un Poussin dont l'authenticité a longtemps divisé les spécialistes
Le Massacre des Innocents, peint vers 1625-1627, a longtemps vu son attribution à Poussin contestée par des spécialistes reconnus du peintre, dont Anthony Blunt et Jacques Thuillier, qui refusaient d'y voir sa main. Le tableau est aujourd'hui majoritairement accepté comme une œuvre authentique de Poussin — une version distincte, antérieure, d'une seconde version plus tardive du même sujet aujourd'hui conservée au musée Condé de Chantilly, commandée par un collectionneur romain différent.
3. Jordaens, deux visages du baroque anversois
Le Repos de Diane, peint entre 1640 et 1650, transforme la scène mythologique en une allégorie de l'abondance terrestre : plutôt que de suivre l'iconographie ovidienne traditionnelle, Jordaens en fait un éloge des chairs et de la fertilité, entourant Diane au repos de satyres, de bacchantes et de trophées de chasse. Une version jumelle existe au Louvre ; le tableau a plus tard inspiré Cézanne pour ses propres compositions de baigneuses.
Le Martyre de Sainte Apolline, peint après 1628, montre la sainte agenouillée pendant qu'un bourreau musclé lui arrache les dents avec des tenailles, sous le regard d'un cavalier au turban empanaché et de huit angelots dans le ciel. Cette grisaille sur papier est très probablement le modèle préparatoire d'une gravure exécutée en 1629, pour un retable commandé pour une église augustinienne d'Anvers où elle voisinait avec des œuvres de Rubens et de Van Dyck.
4. Claude Lorrain, un paysage peint pour un pape
Paysage avec le port de Santa Marinella, peint vers 1639 sur cuivre, montre une vue idéalisée d'un petit port proche de Civitavecchia, commandée par le pape Urbain VIII. Plutôt qu'une vue topographique exacte, Claude Lorrain y construit un lever de soleil doré qui baigne toute la composition — le geste d'un des cavaliers au premier plan désigne d'ailleurs plus sûrement le soleil levant que le port lui-même.
5. Dorigny, un cycle de Diane démembré au XIXe siècle
Diane et Actéon, peint entre 1635 et 1640 par Michel Dorigny — élève et gendre de Simon Vouet —, montre Diane et ses nymphes nues autour d'un bassin dans un paysage rocheux ; la déesse, coiffée d'un diadème en croissant de lune et appuyée sur une lance, est protégée du regard d'Actéon par deux compagnes qui tendent un tissu devant elle, tandis que le chasseur, déjà affublé de bois de cerf en punition d'avoir vu la déesse nue, s'enfuit vers la droite.
Diane découvrant la grossesse de Callisto, peint par Dorigny dans les mêmes années, montre Diane observant, entourée de ses nymphes, deux suivantes qui examinent Callisto près d'une fontaine ornée d'un putto. Ces deux toiles ovales de mêmes dimensions faisaient partie d'un ensemble décoratif de cinq panneaux sur le mythe de Diane, dont les trois autres — aujourd'hui dans des collections privées — ornaient au XIXe siècle un hôtel particulier parisien avant que le cycle ne soit dispersé.
Combien de temps
Deux tableaux, deux histoires de doute : l'un sur ce qu'était vraiment l'œuvre achevée, l'autre sur qui l'a vraiment peinte.
- Repères sur la salle — 6 minutes.
- L'Enlèvement de Proserpine (Rubens) — 9 minutes.
- Le Massacre des Innocents (Poussin) — 9 minutes.
- Le Repos de Diane (Jordaens) — 7 minutes.
- Le Martyre de Sainte Apolline (Jordaens) — 7 minutes.
- Paysage avec le port de Santa Marinella (Claude Lorrain) — 8 minutes.
- Diane et Actéon (Dorigny) — 7 minutes.
- Diane découvrant la grossesse de Callisto (Dorigny) — 7 minutes.
Sources et vérification
Vérifié auprès des notices officielles du Petit Palais (petitpalais.paris.fr / parismuseescollections.paris.fr) et recoupé avec Wikipédia FR/EN.
- Petit Palais — Pierre Paul Rubens, L'Enlèvement de Proserpine, entre 1614 et 1615
- Paris Musées Collections — L'Enlèvement de Proserpine
- Petit Palais — Nicolas Poussin, Le Massacre des Innocents, vers 1626-1627
- Wikipédia FR — Le Massacre des Innocents (Poussin)
- Paris Musées — Le Repos de Diane, Jordaens
- Paris Musées — Le Martyre de Sainte Apolline, Jordaens
- Paris Musées — Paysage avec le port de Santa Marinella, Claude Lorrain
- Paris Musées — Michel Dorigny, Diane et Actéon, entre 1635 et 1640
- Paris Musées — Michel Dorigny, Diane découvrant la grossesse de Callisto
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