Une salle entière consacrée à Gustave Courbet
Cette salle rassemble une dizaine de tableaux de Gustave Courbet, des portraits de jeunesse peints à Ornans jusqu'aux scènes plus audacieuses de sa maturité parisienne — une collection suffisamment large pour suivre, en une seule pièce, l'évolution d'un peintre qui s'est construit en opposition constante à l'art officiel de son temps.
1. Un jeune homme et son chien, seul tableau accepté sur trois
L'Autoportrait dit Courbet au chien noir, peint en 1842 et retouché en 1844, est l'un des tout premiers tableaux de Courbet accepté au Salon officiel de Paris, ouvert en mars 1844 au palais du Louvre — sur trois toiles soumises par le jeune peintre, alors quasiment inconnu, seule celle-ci est retenue par le jury, sous le titre neutre de Portrait de l'auteur. Courbet s'y représente assis dans l'herbe, un chien noir à ses côtés, dans une pose déjà marquée par l'assurance qui caractérisera sa carrière entière.
De la même période date le Portrait de Zélie Courbet, peint vers 1842 : la plus jeune des sœurs du peintre, coiffée d'une fleur de liseron dans ses cheveux tressés, y est représentée avec un naturel encore très éloigné des grandes compositions à scandale qui suivront.
2. Les Demoiselles des bords de la Seine, premier scandale du Salon
Les Demoiselles des bords de la Seine (été), peint en 1856-1857 et exposé au Salon de 1857, montre deux Parisiennes venues se rafraîchir au bord de l'eau, allongées dans une pose alanguie dont le naturel cru fit scandale à l'époque — six ans avant que Manet ne provoque un tollé comparable avec Le Déjeuner sur l'herbe. Commencé à Ornans en 1856, le tableau est achevé en atelier : une composition largement imaginée plutôt qu'une scène prise sur le vif.
3. Proudhon et ses enfants, un hommage peint après coup
Pierre-Joseph Proudhon et ses enfants en 1853, peint en 1865, montre le philosophe anarchiste assis sur le perron de sa maison de la rue d'Enfer à Paris, en blouse de travail, entouré de livres et de papiers, tandis que ses deux filles Catherine et Marcelle jouent à ses côtés. Courbet peint ce tableau l'année même de la mort de Proudhon, en hommage à un ami proche — Marcelle, elle, était déjà morte en 1854, onze ans avant que le tableau ne soit achevé.
4. La Sieste, le premier Courbet entré dans les collections de Paris
La Sieste pendant la saison des foins (montagnes du Doubs), peint en 1867, montre une paysanne et deux jeunes hommes endormis dans l'herbe, à l'ombre d'une voûte d'arbres, près de deux paires de bœufs attelés. Avant de l'exposer au Salon de 1869, Courbet retire de la composition un faneur qui occupait initialement le centre du tableau. Acquis à Paris lors d'une vente aux enchères organisée après la mort du peintre, en 1881, ce fut le tout premier tableau de Courbet à entrer dans les collections de la Ville de Paris.
5. Le Sommeil, un tableau interdit de présentation publique pendant plus d'un siècle
Le Sommeil, peint en 1866, montre deux femmes nues endormies, enlacées dans un lit défait — un collier de perles brisé et une épingle à cheveux, posés sur le drap, suggèrent sans ambiguïté la nature de la scène. Le tableau est commandé par le diplomate ottoman Halil Şerif Pacha, dit Khalil Bey, collectionneur installé à Paris qui possédait par ailleurs L'Origine du monde, autre tableau scandaleux de Courbet.
Lorsqu'un marchand tente de l'exposer en 1872, Le Sommeil fait l'objet d'un rapport de police pour outrage aux mœurs. Le tableau ne sera pas autorisé à être montré publiquement avant 1988 — plus d'un siècle après sa création.
6. Un tableau volé pendant la Commune, un autre resté inachevé
Trois baigneuses, peint vers 1865-1869, montre trois femmes nues au bord de l'eau dans un sous-bois de Franche-Comté : une baigneuse brune descend un rocher vers l'eau, retenue par une autre baigneuse en jupe rouge et chemise blanche, tandis qu'une troisième, blonde, est assise, les pieds dans l'eau. Le tableau est volé dans l'atelier de Courbet pendant son emprisonnement consécutif à la Commune de Paris, puis retrouvé chez un marchand en 1874 par Étienne Baudry et Jules Castagnary — Courbet agrandit alors la toile et y ajoute la baigneuse vue de dos.
Pompiers courant à un incendie, peint en 1850-1851, est une toile monumentale de plus de cinq mètres de large : une scène nocturne dans les rues de Paris, où des pompiers courent avec leur pompe à travers la foule, sous le regard indifférent d'un couple bourgeois, tandis qu'une femme du peuple avec un nourrisson interpelle la scène et qu'un ouvrier gît à terre au premier plan. Courbet avait fait rejouer aux pompiers de la caserne de Poissy un départ de nuit aux flambeaux pour peindre la scène sur le vif ; le coup d'État de 1851 interrompt le projet, et la toile, restée inachevée, sera retrouvée roulée dans l'atelier du peintre après sa mort.
Combien de temps
Comparez la pose assurée du jeune Courbet de 1844 à l'audace assumée du Courbet de la maturité : c'est la même confiance en soi, appliquée à des registres très différents.
- Repères sur la salle Courbet — 6 minutes.
- Autoportrait au chien noir — 7 minutes.
- Portrait de Zélie Courbet — 5 minutes.
- Les Demoiselles des bords de la Seine — 7 minutes.
- Proudhon et ses enfants — 6 minutes.
- La Sieste pendant la saison des foins — 6 minutes.
- Le Sommeil — 9 minutes.
- Trois baigneuses — 7 minutes.
- Pompiers courant à un incendie — 7 minutes.
Sources et vérification
Vérifié auprès des notices officielles du Petit Palais (petitpalais.paris.fr / parismuseescollections.paris.fr) et recoupé avec Wikipédia FR/EN.
- Petit Palais — Courbet with a black dog
- Wikipédia FR — Autoportrait au chien noir
- Wikipedia EN — Le Sommeil
- The Daily Beast — The Muslim Playboy Behind Paris' Most Scandalous Painting
- Paris Musées — Portrait de Zélie Courbet
- Paris Musées — Les demoiselles des bords de la Seine (été)
- Paris Musées — Pierre-Joseph Proudhon et ses enfants en 1853
- Paris Musées — La sieste pendant la saison des foins
- Paris Musées — Trois baigneuses
- Paris Musées — Pompiers courant à un incendie
Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site du Petit Palais, Paris avant de suivre un itinéraire.
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