Le principe : la rupture avant l’éclat
Ce parcours reste au rez-de-chaussée, sur quatre salles qui se suivent. Il précède le parcours impressionniste du niveau supérieur — il en raconte les conditions plutôt que les tableaux eux-mêmes.
La dernière salle de ce parcours et la première de l’autre partagent un même modèle, Victorine Meurent, peinte par Manet à deux ans d’écart. Les deux parcours peuvent se lire dans l’ordre, comme une seule histoire en huit salles.
1. Salle 1 — Ingres contre Delacroix
La première salle met face à face deux peintres qui ne s’aimaient pas : Ingres, défenseur du dessin et de la ligne classique, et Delacroix, peintre de la couleur et du mouvement romantique. Le musée d’Orsay l’assume comme un dialogue construit, pas comme un hasard d’accrochage.
Ingres y montre Vénus à Paphos ; Delacroix, des scènes de chasse et de chevaux — Chevaux arabes se battant dans une écurie notamment. Deux manières opposées de peindre le mouvement, dans la même salle.
2. Salle 4 — Millet peint les paysans
Des Glaneuses (1857) est l’aboutissement de dix années de recherche de Millet sur ce motif : des femmes autorisées à ramasser, avant la nuit, les épis oubliés après la moisson. Il peint trois d’entre elles, dos courbé, au premier plan.
L’Angélus (1857-1859) montre un couple de paysans interrompant leur travail à la cloche du soir. Millet expliquera plus tard que l’idée lui vient d’un souvenir d’enfance — sa grand-mère leur faisait dire cette prière pour les morts —, non d’un projet religieux : il n’était pas pratiquant. Le tableau connaîtra un destin mouvementé : une tentative d’achat par le Louvre déclenche un déferlement patriotique en 1889, Salvador Dalí en fait une obsession, et un déséquilibré le lacère au couteau en 1932.
3. Salle 7 — Courbet, la vie ordinaire en très grand format
Un enterrement à Ornans (1849-1850) mesure 3,15 mètres sur 6,68 : un format jusque-là réservé à l’histoire ou à la mythologie, pour peindre un enterrement de village anonyme, avec des villageois grandeur nature et sans idéalisation.
L’Atelier du peintre, 3,61 mètres sur 5,98, est refusé par le jury de l’Exposition universelle de 1855. Courbet construit alors à ses frais, juste à côté, son propre « Pavillon du Réalisme » pour l’exposer en dehors du circuit officiel — un geste d’indépendance que les impressionnistes reprendront, différemment, vingt ans plus tard.
4. Salle 14 — Manet et le scandale d’Olympia
Olympia (1865) reprend un sujet classique, le nu féminin allongé, avec des références précises à Titien et à Goya. Mais Manet peint une courtisane bien réelle, au regard direct et calculateur, plutôt qu’une déesse. Un critique de l’époque résume l’accueil : « Qu’est-ce que cette odalisque au ventre jaune ? »
Le modèle, Victorine Meurent, est aussi celui du Déjeuner sur l’herbe, peint deux ans plus tôt et exposé au niveau supérieur, dans la salle 29 du parcours impressionniste.
Combien de temps
À titre indicatif, salle par salle :
- Salle 1 — 15 minutes.
- Salle 4 — 20 minutes.
- Salle 7 — 20 minutes, pour les deux grands formats de Courbet.
- Salle 14 — 20 minutes.
- Circulation — 10 minutes.
Sources et vérification
Les salles, les dates et les provenances citées ont été vérifiées sur le site du musée d’Orsay.
- Musée d’Orsay : Vénus à Paphos, salle 1
- Musée d’Orsay : Chevaux arabes se battant dans une écurie, salle 1
- Musée d’Orsay : Des Glaneuses, salle 4
- Musée d’Orsay : L’Angélus, salle 4
- Musée d’Orsay : Un enterrement à Ornans, salle 7
- Musée d’Orsay : L’Atelier du peintre, salle 7
- Musée d’Orsay : Olympia, salle 14
Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site du musée d’Orsay avant de suivre un itinéraire.
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