Londres · Tate Britain

Exiles and Dynasties : les meilleurs portraitistes de l'Angleterre Tudor étaient des réfugiés

De 1545 à 1640, les portraitistes les plus demandés d'Angleterre ne sont presque jamais anglais : ce sont des artistes flamands et néerlandais arrivés comme réfugiés, fuyant les persécutions religieuses sur le continent. Cette salle le montre sans détour, jusque dans une œuvre contemporaine glissée au milieu des visages du XVIe siècle.

Salles et œuvres vérifiées sur la base de collections du musée

Le plus vieux tableau de toute la Tate, entouré de migrations

La salle réunit des portraits de cour peints entre les dernières années du règne d'Henri VIII et le règne de Charles Ier — près d'un siècle de dynasties Tudor puis Stuart racontées à travers les visages qu'elles ont fait peindre. Le fil conducteur de la salle n'est pourtant pas dynastique : c'est celui de la migration. La plupart des peintres les plus recherchés de la cour anglaise de cette période sont des immigrés, venus d'Europe du Nord, souvent après avoir fui des persécutions religieuses.

Ce parti pris curatorial se voit jusque dans le choix des œuvres contemporaines glissées au milieu des portraits anciens : Exodus II, de l'artiste palestinienne Mona Hatoum (2000), montre deux valises en cuir reliées par des mèches de cheveux humains. Hatoum, dont la famille a fui la Palestine en 1948 avant qu'elle-même ne se retrouve exilée par la guerre civile libanaise en 1975, place ici un objet contemporain d'exil au milieu de quatre siècles de portraits peints par des exilés d'une autre époque.

1. 1545 : le plus ancien tableau de la collection

Un homme au bonnet noir, peint par John Bettes en 1545, est le plus ancien tableau de toute la collection de la Tate. Une inscription au dos du panneau de chêne précise qu'il a été peint « en l'année de notre Seigneur 1545 » et que le modèle avait alors vingt-six ans — mais son identité reste inconnue. Le fond du tableau, aujourd'hui brun-orangé, était à l'origine bleu profond : Bettes a utilisé un pigment appelé smalt, du verre pilé, qui a la particularité de virer irrémédiablement au brun sous l'effet de la lumière au fil des siècles.

La technique de Bettes est si proche de celle de Hans Holbein le Jeune — peintre allemand lui-même installé en Angleterre comme portraitiste de la cour d'Henri VIII — que les historiens de l'art pensent qu'il a pu travailler dans son atelier. Deux générations avant les artistes flamands de cette salle, c'est déjà un Allemand qui définit l'art du portrait à la cour anglaise.

2. Une famille de peintres qui a fui le duc d'Albe

Marcus Gheeraerts le Jeune arrive en Angleterre vers 1568, à l'âge de six ou sept ans, avec son père Marcus Gheeraerts l'Ancien — l'un des milliers de protestants flamands qui fuient alors les Pays-Bas espagnols pour échapper aux persécutions sanglantes menées par le duc d'Albe contre les défections au catholicisme. Devenu adulte, le fils devient l'un des portraitistes les plus recherchés du règne finissant d'Élisabeth Ire, sous la protection du maître des tournois royaux Sir Henry Lee, puis portraitiste favori d'Anne de Danemark, l'épouse de Jacques Ier.

Gheeraerts n'obtient sa naturalisation anglaise qu'en 1618 — cinquante ans après son arrivée comme enfant réfugié, et alors qu'il peint la famille royale depuis des décennies. Regardez la précision presque photographique des dentelles et des bijoux dans ses portraits : c'est un regard formé aux Pays-Bas, appliqué à une clientèle entièrement anglaise.

Combien de temps

Prenez le temps de repérer Exodus II au milieu des portraits anciens avant de vous arrêter sur le tableau de Bettes et les Gheeraerts : c'est la juxtaposition qui donne son sens à la salle.

  • Un homme au bonnet noir (Bettes, 1545) — 5 minutes.
  • Les portraits de Marcus Gheeraerts le Jeune — 8 minutes.
  • Exodus II (Mona Hatoum) et le reste de la salle — 10 minutes.

Sources et vérification

Vérifié auprès des pages de collection de la Tate (tate.org.uk) et recoupé avec Wikipédia FR/EN.

Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site du Tate Britain avant de suivre un itinéraire.

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