Londres · National Portrait Gallery · Salle 1

Le portrait qui a inventé la propagande royale anglaise

Avant la photographie officielle, il y avait ce genre de tableau : une reine peinte à taille quasi réelle, debout sur son propre royaume, pendant qu'un orage se calme dans son dos. La salle 1 de la National Portrait Gallery montre comment l'image du pouvoir anglais s'est fabriquée, un monarque à la fois.

Salles et œuvres vérifiées sur la base de collections du musée

Le portrait Ditchley d’Élisabeth Ire, peinture de Marcus Gheeraerts le Jeune, à la National Portrait Gallery
Marcus Gheeraerts le Jeune, Le portrait Ditchley d’Élisabeth Ire (v. 1592) — Wikimedia Commons, Domaine public

Une salle pour la dynastie qui a inventé le portrait de propagande

La salle 1 rassemble les souverains Tudor et leur entourage, de Henri VIII à Élisabeth Ire, à une époque où le portrait royal n'est jamais un simple document ressemblant : chaque détail — posture, objets, inscriptions latines — y est calculé pour transmettre un message politique précis à qui sait le lire.

1. Le portrait Ditchley : un pardon peint en grand format

Le portrait dit « Ditchley » d'Élisabeth Ire, peint vers 1592 par Marcus Gheeraerts le Jeune, montre la reine debout sur une carte de l'Angleterre, ses pieds posés précisément sur le comté d'Oxfordshire. Le ciel derrière elle est coupé en deux : orage sombre à gauche, éclaircie lumineuse à droite, exactement dans l'axe de son visage. Le tableau a probablement été commandé par le courtisan Sir Henry Lee pour commémorer une fête donnée en l'honneur de la reine en septembre 1592, destinée à obtenir son pardon après qu'il eut pris pour maîtresse une femme sans son autorisation.

Trois devises latines peintes sur la toile résument le message : elle donne et n'attend rien en retour, elle peut se venger mais ne le fait pas, en pardonnant elle grandit encore. La reine elle-même devient ici l'allégorie du pardon royal — un usage de l'image bien plus sophistiqué qu'un simple portrait de cour.

2. Cromwell peint par Holbein : le pouvoir sans sourire

Le portrait de Thomas Cromwell, ministre le plus puissant d'Henri VIII avant sa chute et son exécution en 1540, dérive d'un original de Hans Holbein le Jeune peint vers 1532-1533 — la version conservée à la National Portrait Gallery est une copie ancienne, réalisée au tout début du XVIIe siècle d'après ce prototype. Cromwell y apparaît de trois quarts, vêtu de noir, un visage fermé et des mains occupées à manier des papiers d'État : l'image d'un homme de pouvoir qui tire son autorité de l'administration plutôt que de la naissance.

Placé dans la même salle que la reine flamboyante du portrait Ditchley, ce portrait montre l'autre versant du pouvoir Tudor : celui, plus discret et tout aussi impitoyable, des hommes qui font fonctionner l'État derrière le trône.

3. Henri VIII et Anne Boleyn, avant la chute

Ce portrait de Henri VIII peint vers 1520 par un artiste anglo-flamand anonyme montre le roi bien avant l'arrivée de Holbein en Angleterre, alors qu'il est encore marié à Catherine d'Aragon — un visage plus jeune et plus mince que celui, massif, popularisé plus tard par Holbein, mais déjà reconnaissable à son long nez et à ses petits yeux très bleus. Une radiographie a révélé qu'à un moment de l'exécution, la forme même de son visage a été retouchée par le peintre.

Le portrait d'Anne Boleyn conservé ici est une copie de la fin du XVIe siècle, réalisée après sa mort, d'un original peint du vivant de la reine entre 1533 et 1536 et aujourd'hui perdu. C'est ce type de portrait, décliné en plusieurs copies après son exécution en 1536, qui a fixé pour la postérité le seul visage qu'on lui connaisse — aucun portrait fait de son vivant, à part ce prototype disparu, n'a survécu.

4. Marie Ire et Élisabeth Ire, deux reines couronnées

Le portrait de Marie Ire, peint en 1544 par un certain « John » — les comptes de la princesse mentionnent un paiement de cinq livres à « un certain John qui l'a peinte en tableau » —, la montre encore princesse, neuf ans avant qu'elle ne devienne la première reine régnante d'Angleterre en 1553, après avoir évincé Lady Jane Grey.

Le portrait du couronnement d'Élisabeth Ire, peint vers 1600, la montre couronnée et vêtue du drap d'or qu'elle portait lors de son couronnement le 15 janvier 1559 — un tissu qui avait auparavant appartenu à Marie Ire elle-même. Ce tableau tardif semble copié d'une miniature aujourd'hui perdue peinte peu après la cérémonie de 1559 : comme pour Anne Boleyn, l'image que la postérité retient d'un événement fondateur du règne passe par une copie, l'original ayant disparu.

5. Édouard VI, Catherine Parr et Thomas More, trois autres visages Tudor

Le portrait d'Édouard VI, attribué à William Scrots et peint en 1546, alors que le futur roi n'a que neuf ans, un an avant son accession au trône, utilise un procédé d'anamorphose : vu de face, le visage du prince paraît grotesquement étiré, mais reprend une forme normale lorsqu'on regarde le tableau presque à ras du cadre, à travers une fente aujourd'hui disparue prévue à cet effet. Le tableau est déjà mentionné à Whitehall par des visiteurs étrangers à la fin du XVIe siècle, puis marqué de la marque de collection de Charles Ier avant d'être vendu en 1649, pour deux livres, lors de la dispersion des collections royales après son exécution.

Le portrait de Catherine Parr, attribué à Master John et peint vers 1545, montre la sixième et dernière épouse d'Henri VIII dans un costume rendu avec des feuilles d'argent et d'or, des glacis et de la peinture à l'huile imitant de riches tissus. Le tableau a longtemps été identifié à tort comme un portrait de Lady Jane Grey ; l'identification actuelle avec Catherine Parr s'appuie en partie sur une broche en forme de couronne que l'on retrouve dans un inventaire de ses bijoux.

Le portrait de Thomas More, peint au tout début du XVIIe siècle d'après un original de Hans Holbein le Jeune de 1527, est une version de haute qualité du portrait conservé à la Frick Collection de New York ; des analyses techniques suggèrent qu'il a probablement été peint en Italie ou en Autriche, loin de l'atelier londonien de Holbein.

Combien de temps

Cherchez les trois devises latines sur le portrait Ditchley avant de parcourir les quatre autres souverains Tudor qui l'entourent dans la même salle.

  • Le portrait Ditchley d'Élisabeth Ire — 9 minutes.
  • Thomas Cromwell (d'après Holbein) — 6 minutes.
  • Henri VIII (vers 1520) — 6 minutes.
  • Anne Boleyn — 7 minutes.
  • Marie Ire (par John, 1544) — 6 minutes.
  • Le portrait du couronnement d'Élisabeth Ire — 6 minutes.
  • Édouard VI (portrait anamorphique) — 7 minutes.
  • Catherine Parr — 6 minutes.
  • Thomas More (d'après Holbein) — 7 minutes.

Sources et vérification

Vérifié auprès des notices officielles de la National Portrait Gallery (npg.org.uk) et recoupé avec Wikipédia FR/EN.

Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site du National Portrait Gallery avant de suivre un itinéraire.

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La National Portrait Gallery, Londres

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