Une salle pour la génération qui a inventé le portrait florentin
Cette galerie réunit des portraits peints à Florence entre 1450 et 1500 environ : Andrea del Castagno, Botticelli, Filippino Lippi et Pérugin y représentent tous de jeunes Florentins de profil ou de trois quarts, dans une génération qui invente le portrait comme genre à part entière plutôt que comme simple accessoire d'un retable religieux. Le portrait de Lorenzo di Credi par Pérugin y montre même un peintre représentant un autre peintre, signe des liens serrés entre les ateliers de la ville.
1. Un portrait, un genévrier, et un jeu de mots
Ginevra de' Benci, peinte par Léonard de Vinci vers 1474-1478, montre une jeune Florentine connue pour sa beauté et son intelligence poétique, encadrée par les feuilles piquantes d'un genévrier. Le choix n'est pas décoratif : en italien, genévrier se dit ginepro, un jeu de mots direct sur le prénom de la jeune femme. Le tableau a été amputé d'environ un tiers dans sa partie basse, probablement à la suite d'un dommage ancien : les mains de Ginevra, aujourd'hui perdues, ne subsistent que dans un dessin préparatoire conservé au château de Windsor.
Au revers du panneau, une guirlande de laurier et de palme entoure la même branche de genévrier, accompagnée de la devise latine « Virtutem Forma Decorat » — la beauté orne la vertu.
2. Une devise cachée, révélée par les rayons infrarouges
En 1991, un examen aux infrarouges a révélé qu'une inscription différente se trouvait à l'origine sous la guirlande du revers : « Virtus et Honor », la devise personnelle de Bernardo Bembo, ambassadeur de Venise à Florence dans les années 1470. Des poèmes échangés à l'époque entre Bembo et Ginevra témoignent d'une relation platonique, dans la tradition de l'amour courtois, et suggèrent que c'est peut-être lui qui a commandé ce portrait — avant qu'un repeint ne remplace sa devise personnelle par celle, plus neutre, finalement visible aujourd'hui.
Ce changement de commanditaire, ou de destinataire, reste débattu par les historiens de l'art, mais la découverte confirme que ce petit panneau a une histoire plus compliquée que ne le laisse penser le visage serein de Ginevra.
3. Un tableau transporté dans une valise
La National Gallery of Art achète le tableau en 1967 au prince Franz Joseph II du Liechtenstein pour environ 5 millions de dollars — un record mondial pour une œuvre d'art à l'époque. Pour son transport, sensible à l'humidité et aux écarts de température, le panneau est fixé à l'intérieur d'une valise étanche de la marque American Tourister, doublée de mousse et équipée d'un thermomètre et d'un hygromètre, elle-même enveloppée de plastique dans une caisse en bois.
4. Castagno, avant Léonard
Le Portrait d'un homme d'Andrea del Castagno, peint vers 1450-1457, précède Ginevra de plus de vingt ans : sur un fond bleu délicatement dégradé, un homme au regard frontal, en buste de trois quarts, porte un col noir profond qui tranche sur un ample manteau cramoisi. Le tableau a connu une seconde vie inattendue : reproduit sur les billets italiens de 10 000 lires en circulation entre 1976 et 1984, c'est l'une des rares œuvres de la National Gallery à avoir circulé de main en main dans les portefeuilles de tout un pays.
5. Botticelli, Filippino Lippi et Pérugin, l'atelier florentin au complet
Le Portrait d'un jeune homme attribué à Botticelli, peint vers 1482-1485, montre un modèle non identifié au regard pensif et à la main élégamment posée — une main dont la position a fait naître, chez certains historiens de la médecine, des hypothèses sur une éventuelle arthrite juvénile ou un syndrome de Marfan, sans qu'aucune ne fasse consensus.
Le Portrait d'un jeune homme de Filippino Lippi, peint vers 1485, est si proche du style de Botticelli, dont Filippino fut l'élève après la mort de son propre père Filippo Lippi en 1469, que son attribution a longtemps fait débat entre les deux peintres ; la plupart des spécialistes l'attribuent aujourd'hui au disciple plutôt qu'au maître. Le visage rappelle fortement celui d'un jeune homme peint par Filippino dans la chapelle Brancacci à Florence, qu'il achève de fresquer en 1483-1484 après Masaccio.
Le Portrait de Lorenzo di Credi par Pérugin, peint en 1488, montre un peintre représentant un autre peintre : Lorenzo di Credi, condisciple de Pérugin dans l'atelier de Verrocchio aux côtés du jeune Léonard de Vinci lui-même. La présence de ce tableau dans la même salle que Ginevra de' Benci referme ainsi la boucle : les trois hommes qui ont appris leur métier ensemble se retrouvent, des décennies plus tard, réunis sur les cimaises de Washington.
6. Deux bustes d’enfants et un jeune homme vendu pour un Pinturicchio
Les deux bustes de marbre de la galerie ont partagé le même lieu pendant plus de deux siècles. Le Saint Jean-Baptiste enfant d’Antonio Rossellino (vers 1470, 34,7 × 29,8 × 16,1 cm) montre la tête et les épaules d’un jeune garçon aux cheveux courts et bouclés, une peau animale passée sur une épaule ; saint Jean-Baptiste est l’un des saints patrons de Florence. Le Christ enfant (?) de Desiderio da Settignano (vers 1460, 30,5 × 26,5 × 16,3 cm) lui répond : avant 1756 déjà, les deux bustes se trouvaient dans l’oratoire San Francesco dei Vanchettoni, à Florence, chacun dans une niche au-dessus d’une porte latérale du maître-autel, et les guides florentins les donnaient à Donatello. Vendus en 1940, ils sont achetés en 1942 par la fondation Samuel H. Kress, qui les donne à la National Gallery en 1943.
Le Portrait d’un jeune homme (Portrait of a Youth), attribué à Agnolo ou à Donnino di Domenico del Mazziere et daté vers 1495-1500, est une huile sur panneau transposée sur toile (51,5 × 34 cm). Elle passe en vente à Amsterdam en 1923 sous le nom de Pinturicchio, puis par la maison Duveen ; la fondation Kress l’achète en 1938 et l’offre à la National Gallery en 1939.
Combien de temps
Cherchez la branche de genévrier des deux côtés du panneau de Léonard — recto et verso se répondent, et c'est là que se cache l'histoire de Bernardo Bembo. Comptez un peu plus d'une heure pour les œuvres retenues de la galerie ; une vingtaine de minutes suffisent pour Ginevra seule et son revers.
- Repères sur la galerie du portrait florentin — 5 minutes.
- Ginevra de' Benci, recto (Léonard de Vinci) — 8 minutes.
- La devise de Bembo, verso (Léonard de Vinci) — 6 minutes.
- L'achat et le transport de 1967 — 5 minutes.
- Portrait d'un homme (Andrea del Castagno) — 6 minutes.
- Portrait d'un jeune homme (Botticelli) — 6 minutes.
- Portrait d'un jeune homme (Filippino Lippi) — 5 minutes.
- Portrait de Lorenzo di Credi (Pérugin) — 6 minutes.
- Buste de saint Jean-Baptiste enfant (Rossellino) — 6 minutes.
- Le Christ enfant (?) (Desiderio da Settignano) — 5 minutes.
- Portrait d’un jeune homme (Mazziere) — 6 minutes.
Sources et vérification
Vérifié auprès des notices officielles de la National Gallery of Art (nga.gov) et recoupé avec Wikipédia FR/EN.
- National Gallery of Art — Ginevra de' Benci [obverse], Leonardo da Vinci
- National Gallery of Art — 10 Surprising Facts About Ginevra de' Benci
- Smithsonian Magazine — Meet Ginevra de' Benci
- Wikipedia EN — Ginevra de' Benci
- Wikipedia EN — Portrait of a Man (Castagno)
- Wikipedia EN — Portrait of a Young Man (Botticelli, Washington)
- National Gallery of Art — Portrait of a Youth, Filippino Lippi
- Wikipedia EN — Portrait of Lorenzo di Credi (Perugino)
- National Gallery of Art — The Young Saint John the Baptist, Antonio Rossellino
- National Gallery of Art — The Christ Child (?), Desiderio da Settignano
- National Gallery of Art — Portrait of a Youth, Agnolo or Donnino di Domenico del Mazziere
Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site du National Gallery of Art, Washington avant de suivre un itinéraire.
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La National Gallery of Art, Washington
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