Londres · National Gallery

Cinq salles pour l'âge d'or hollandais

À la National Gallery, les peintures hollandaises et flamandes du XVIIe siècle occupent tout un angle du niveau 2, autour de six salles contiguës. Ce parcours en retient cinq, dans l'ordre où elles se suivent physiquement : le paysage plat et l'eau, la cour d'Angleterre peinte par un Flamand, l'intimité tardive de Rembrandt, la peinture de Haarlem, et pour finir les intérieurs silencieux de Vermeer. On y passe du plein air à la chambre fermée en une petite heure de marche.

Salles et œuvres vérifiées le 6 septembre 2026

Un couloir, cinq salles, un seul siècle

Les salles 20, 21, 22, 23 et 25 se suivent dans l'aile nord du niveau 2. On y voit presque exclusivement de la peinture produite entre 1600 et 1700 dans les Provinces-Unies, à l'exception de la salle 21 : Antoine Van Dyck y est flamand d'Anvers, mais c'est en tant que peintre officiel du roi d'Angleterre Charles Ier qu'il y figure, pas comme peintre hollandais.

Le fil n'est pas chronologique mais spatial : on part du paysage ouvert, sans personnage principal, pour arriver à des scènes d'intérieur avec une seule figure et une fenêtre. Le sens inverse fonctionne tout aussi bien si la salle 25 est bondée en début de journée, ce qui arrive souvent devant les deux Vermeer.

1. Salle 20 — Une avenue, un canal, une lumière plate

Meindert Hobbema avait pratiquement cessé de peindre à la fin des années 1660, après avoir obtenu un poste bien payé de jaugeur de vin pour la ville d'Amsterdam. L'Avenue à Middelharnis, signée et datée de 1689, est l'une de ses dernières œuvres connues, peinte vingt ans après l'essentiel de sa production. La peinture hollandaise de paysage se vendait presque toujours sur le marché libre, sans commanditaire identifié ; celle-ci a vraisemblablement échappé à la règle. Elle est réapparue dans une collection proche de Middelharnis, ce qui suggère une commande locale, et l'on sait par ailleurs que les ormes qui bordent la route n'ont été plantés qu'en 1664 : le tableau semble avoir été conçu pour enregistrer un aménagement récent, sans doute par un notable ou par la commune elle-même. Elle a été achetée par la commune de Middelharnis en 1782 pour sa mairie, puis cédée contre des copies avant de rejoindre l'Écosse, la collection de Robert Peel, et enfin la National Gallery en 1871 avec le reste de la collection Peel. Prenez le temps de reculer de quelques pas : David Hockney a fait remarquer que la composition joue sur deux points de fuite, l'un sur la route, l'autre dans le ciel.

À côté, deux paysages d'Aelbert Cuyp appliquent à la campagne hollandaise une lumière dorée qu'il n'a pourtant jamais vue en Italie, n'y ayant jamais mis les pieds. Le plus grand des deux, River Landscape with Horseman and Peasants, n'est entré dans la collection qu'en 1989 ; l'autre vient, comme l'Hobbema, de la collection Peel. La Mare entourée d'arbres de Jacob van Ruisdael, plus contemplative que ses paysages habituels, complète la salle, de même que Le Sas de Haarlem à Amsterdam, seule vue urbaine connue d'Hobbema.

2. Salle 21 — Van Dyck et la cour d'Angleterre

Antoine Van Dyck devient peintre officiel de Charles Ier en 1632. Le Portrait équestre de Charles Ier, peint pour le roi vers 1638, mesure près de trois mètres soixante-dix de haut : le format et la pose de profil reprennent volontairement l'iconographie des statues d'empereurs romains à cheval, pour associer la maîtrise du cheval à la maîtrise de l'État. Le tableau a quitté la collection royale après l'exécution de Charles Ier en 1649, traversé plusieurs collections européennes, séjourné au palais de Blenheim, avant que la National Gallery ne l'acquière en 1885 pour 17 500 livres.

Le double portrait de Lord John Stuart et de son frère Lord Bernard Stuart, peint la même année, montre deux adolescents d'à peine dix-sept et dix-huit ans, dans des postures qui se frôlent sans que leurs regards ne se croisent. Tous deux sont morts au combat pour la cause royaliste, en 1644 et 1645. À côté, Lady Elizabeth Thimbelby et sa sœur a longtemps été mal identifiée : ce n'est qu'une copie ancienne portant des inscriptions qui a permis de savoir laquelle des deux sœurs est Elizabeth, représentée recevant des roses d'un Cupidon en référence à son récent mariage. Regardez les trois toiles dans la foulée : Van Dyck peint moins des visages que des étoffes, et cela se voit d'un tableau à l'autre.

3. Salle 22 — Rembrandt, la chair et l'intime

Une vingtaine d'œuvres de Rembrandt occupent cette salle, la plus dense du parcours. Une femme se baignant dans un ruisseau, petite huile sur bois peinte en 1654, montre une jeune femme troussant sa chemise dans l'eau avec une liberté de touche rare chez lui. On pense qu'elle représente Hendrickje Stoffels, entrée au service de Rembrandt comme servante vers 1647-1649 pour s'occuper de son fils Titus après la mort de Saskia, puis devenue sa compagne. Le testament de Saskia leur interdisait de fait le mariage, sous peine pour Rembrandt de perdre une partie de son revenu : ils ne se sont donc jamais mariés. En 1654, l'année même de ce tableau, Hendrickje a été convoquée devant le conseil de l'Église réformée et publiquement blâmée pour grossesse hors mariage — un contraste net avec la tendresse presque privée de la scène peinte la même année.

Un vieil homme en saint Paul et Un moine franciscain appartiennent à une série de figures religieuses imaginaires que Rembrandt a peintes dans les années 1650, en pleine gêne financière, pour le marché libre plutôt que sur commande d'une église. Le choix du sujet franciscain est en soi surprenant : Rembrandt travaillait dans une ville, Amsterdam, où le culte catholique était officiellement interdit. Approchez-vous pour voir l'empâtement de la matière, puis reculez : les deux lectures du tableau ne se ressemblent pas.

4. Salle 23 — Haarlem, le portrait et le grand ciel

Cette salle, consacrée à l'école de Haarlem, réunit deux portraits de Frans Hals qui n'ont rien de commun entre eux malgré leur voisinage : celui de Jean de la Chambre, peint vers 1638 comme modèle pour une gravure destinée à illustrer un livre de calligraphie, et celui de Marie Larp, peint vers 1635, dont le véritable pendant — le portrait de son mari Pieter Tjarck — est conservé au LACMA, à Los Angeles, séparé du sien depuis une vente parisienne à la fin du XIXe siècle. La touche visible et rapide de Hals, qui ne cherche jamais à lisser la matière, se reconnaît d'un portrait à l'autre.

Deux paysages de Jacob van Ruisdael complètent la salle : Une vue panoramique d'Amsterdam vers l'IJ, peinte en partie depuis les échafaudages du nouvel hôtel de ville d'Amsterdam alors en construction — actuellement prêtée par une collection privée, donc pas garantie sur les cimaises à chaque visite —, et Un paysage avec un château en ruine et une église, où le ciel occupe près des deux tiers de la toile.

5. Salle 25 — Vermeer et la lumière domestique

On ne connaît dans le monde qu'une trentaine de tableaux attribués avec certitude à Johannes Vermeer, selon les propres estimations de la National Gallery — le chiffre varie entre 34 et 36 suivant les spécialistes. Deux d'entre eux sont ici, peints tous deux vers 1670-1672 et de format presque identique : Jeune femme debout au virginal, achetée en 1892 pour 29 000 francs lors de la vente de la collection du critique Théophile Thoré, qui avait contribué à sortir Vermeer de l'oubli au XIXe siècle, et Jeune femme assise au virginal, entrée par le legs Salting en 1910. Sur cette seconde toile, le tableau accroché au mur du fond — une Entremetteuse de Dirck van Baburen — ajoute une ambiguïté volontaire à la scène, autrement très sage.

Une soirée musicale dans une cour, de Pieter de Hooch, peinte en 1677 et acquise en 1916, complète la salle. Les deux Vermeer sont en général accrochés côte à côte : profitez-en pour comparer la femme debout et la femme assise, deux variations sur le même instrument et la même lumière de fenêtre.

Combien de temps

Ce parcours tient en un peu moins d'une heure sans s'arrêter longuement, en une heure et demie en prenant le temps de lire les cartels des œuvres citées.

  • Salle 20 — paysages hollandais (Hobbema, Cuyp, Ruisdael). — 10 minutes.
  • Salle 21 — Van Dyck. — 10 minutes.
  • Salle 22 — Rembrandt. — 15 minutes.
  • Salle 23 — Haarlem (Hals, Ruisdael). — 10 minutes.
  • Salle 25 — Vermeer et De Hooch. — 10 minutes.

Sources et vérification

Chaque date, dimension et provenance a été vérifiée sur les notices officielles de la National Gallery (nationalgallery.org.uk) et recoupée avec les sources suivantes :

Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site de la National Gallery avant de suivre un itinéraire.

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