Londres — Dulwich Picture Gallery

Rubens et son élève : la salle flamande de Dulwich

Van Dyck a vingt et un ans quand il peint le Samson et Dalila accroché à Dulwich Picture Gallery — une toile si proche du style de son maître qu'elle a longtemps été attribuée à Rubens lui-même. La salle qui les réunit ne montre pas deux peintres indépendants, mais un atelier anversois en pleine activité, et la manière dont un très jeune peintre s'en dégage peu à peu.

Salles et œuvres vérifiées le 6 septembre 2026

Un atelier plutôt qu'un seul nom

Rubens dirige à Anvers, à partir de 1609, l'un des ateliers les plus actifs d'Europe : un afflux de commandes tel qu'il emploie en permanence assistants et spécialistes, chacun responsable d'une partie du tableau — draperies, fonds de paysage, animaux — sous la supervision de Rubens lui-même, qui intervient à des degrés très variables selon la commande et son prix. Van Dyck, venu tout jeune y travailler, n'est donc pas un simple élève assis devant un chevalet : il est un collaborateur payé, dont la main se retrouve dans certaines toiles signées Rubens, avant qu'il ne développe une pratique indépendante.

Les six tableaux de Rubens et les trois de Van Dyck réunis dans cette salle permettent de comparer les deux mains à quelques années d'écart à peine — un exercice rare, la plupart des musées ne conservant qu'un ou deux exemples de chacun.

1. Rubens : Vénus, Mars et Cupidon, et Agar dans le désert

Vénus, Mars et Cupidon, peint vers 1635, en pleine guerre de Trente Ans (1618-1648), met en scène une allégorie du triomphe de la paix sur la guerre, de l'amour sur la haine — un sujet que Rubens, également diplomate au service des Habsbourg d'Espagne, a traité à plusieurs reprises dans un contexte où il négociait lui-même, en parallèle de sa peinture, des tentatives de paix entre puissances européennes.

Agar dans le désert, peint vers 1630-1632, date de l'année où Rubens épouse en secondes noces Hélène Fourment, alors âgée de seize ans — un remariage qui a souvent été mis en lien par les historiens de l'art avec le regain de scènes bibliques centrées sur des figures féminines dans sa production de cette période. Un examen par réflectographie infrarouge a révélé des éléments aujourd'hui disparus de la composition d'origine, notamment un ange dans le ciel et le nourrisson Ismaël couché au sol — la preuve que Rubens a repensé sa composition en cours d'exécution plutôt que de suivre un plan figé dès le départ.

2. Van Dyck : Samson et Dalila, avant la cour d'Angleterre

Samson et Dalila, peint vers 1618-1620, appartient à la toute première partie de la carrière de Van Dyck, alors qu'il travaille dans l'atelier anversois de Rubens, son aîné de vingt-deux ans. Le tableau reprend directement le sujet d'une toile de Rubens sur le même thème (vers 1609-1610) — au point d'avoir longtemps circulé sous le nom du maître plutôt que celui de l'élève. Van Dyck s'en distingue pourtant par des choix personnels : Rubens situe sa scène de nuit, dans une chambre, au moment où les cheveux de Samson sont déjà en train d'être coupés ; Van Dyck choisit le plein jour, en extérieur, et le tout dernier instant avant le geste fatal — une manière de raconter la même histoire par sa tension plutôt que par son dénouement.

C'est cette même période anversoise, avant que Van Dyck ne parte pour l'Italie puis ne devienne, à partir de 1632, le portraitiste attitré de la cour de Charles Ier d'Angleterre, que montre cette salle — une facture encore proche de celle de son maître, avant l'élégance plus posée qui fera sa réputation britannique.

3. Deux carrières qui prolongent Anvers ailleurs

Sir Peter Lely, né aux Pays-Bas, s'installe en Angleterre en 1643 et traverse sans encombre la Révolution anglaise : il peint aussi bien des parlementaires, dont Oliver Cromwell, que la noblesse royaliste. Après la Restauration de 1660, Charles II le nomme en 1661 « Principal Painter in Ordinary », le même titre et la même rémunération annuelle — 200 livres — qu'avait obtenus Van Dyck sous le règne précédent : la continuité entre les deux hommes n'est donc pas seulement stylistique, elle est aussi institutionnelle.

David Teniers le Jeune, peintre anversois de scènes de genre — tavernes, fêtes paysannes, intérieurs de corps de garde —, occupe à partir de 1651 une fonction bien différente : nommé conservateur de la collection de l'archiduc Léopold-Guillaume à Bruxelles, il peint plusieurs vues de la galerie du prince pour en garder la trace, avant de superviser la gravure de l'ensemble de la collection dans le Theatrum Pictorium, publié à Anvers en 1659 — l'un des tout premiers catalogues d'art illustrés jamais imprimés.

Combien de temps

Compter une vingtaine de minutes pour cette salle, en s'arrêtant sur la comparaison directe entre les deux Samson et Dalila — celui de Van Dyck ici, celui de Rubens que l'on peut chercher en reproduction pour mesurer l'écart.

  • Rubens — Vénus, Mars et Cupidon, Agar dans le désert — 8 minutes.
  • Van Dyck — Samson et Dalila — 6 minutes.
  • Lely et Teniers — 6 minutes.

Sources et vérification

Faits vérifiés sur le site de Dulwich Picture Gallery et via des sources croisées (Wikipédia FR/EN, Art UK) pour les dates, dimensions et attributions.

Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site de la Dulwich Picture Gallery avant de suivre un itinéraire.

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