Londres — Dulwich Picture Gallery

Deux fragments de Raphaël, et deux siècles de peinture italienne

Un retable peint vers 1502 pour des clarisses de Pérouse a aujourd'hui ses morceaux dispersés entre New York, Londres et Boston. Deux de ces fragments — les plus petits, deux figures de saints à peine plus grandes qu'une main — sont accrochés à Dulwich Picture Gallery. Ce n'est pas une copie ni une attribution douteuse : c'est un authentique Raphaël de jeunesse, réduit à l'état de fragment par l'histoire du marché de l'art.

Salles et œuvres vérifiées le 6 septembre 2026

Une salle sans unité de lieu ni d'époque

Rien ne relie a priori un panneau de Raphaël peint à Pérouse vers 1502 et une toile de Tiepolo peinte à Venise deux siècles plus tard : ni l'atelier, ni la génération, ni même le format. Cette salle assume ce grand écart plutôt que de le masquer, en réunissant des exemples de peinture italienne du début du XVIe au début du XVIIIe siècle — de la Haute Renaissance florentine et romaine jusqu'au baroque tardif vénitien.

Le fil conducteur n'est donc pas stylistique : c'est celui d'une collection privée anglaise du début du XIXe siècle, capable de réunir des pièces de toutes les écoles italiennes sans se limiter à une période — un genre de sélection qu'aucun musée ne referait aujourd'hui de la même manière.

1. Deux fragments d'un retable dispersé

Saint François d'Assise et Saint Antoine de Padoue, deux petits panneaux à l'huile de 25,6 sur 16,4 centimètres chacun, sont peints par Raphaël vers 1502, alors qu'il travaille encore à Pérouse dans l'orbite du Pérugin. Ils formaient à l'origine les deux extrémités de la prédelle du retable Colonna, une grande commande peinte pour les clarisses de l'église Saint-Antoine de Padoue à Pérouse — l'un des rares ensembles de jeunesse de Raphaël dont on connaît avec précision la destination d'origine.

Le retable a été démembré, comme tant d'autres, après avoir quitté l'église pour le marché de l'art : le panneau central, avec l'un des panneaux de prédelle, se trouve aujourd'hui au Metropolitan Museum de New York ; un autre panneau de prédelle est à la National Gallery de Londres ; un troisième à l'Isabella Stewart Gardner Museum de Boston. Les deux petits saints de Dulwich en sont les derniers fragments dispersés — pas des copies, pas des œuvres d'atelier, mais des morceaux authentiques d'un ensemble aujourd'hui éclaté sur deux continents. Approchez-vous : à cette échelle, chaque visage tient dans la paume d'une main.

2. Tiepolo et Ricci, la Venise du XVIIIe siècle

Deux siècles séparent ces fragments de jeunesse de Raphaël des trois toiles de Giambattista Tiepolo conservées dans la même salle, dont La Résurrection, une composition tourbillonnante typique de son goût pour les figures projetées en diagonale dans un ciel ouvert — un vocabulaire aux antipodes de la frontalité calme des petits panneaux voisins.

Sebastiano Ricci, de la même génération vénitienne que Tiepolo, complète ce dernier étage chronologique de la salle. L'une de ses toiles à Dulwich date de la fin de son séjour londonien, vers 1714-1716 : c'est l'une des deux esquisses connues (modelli) pour la fresque de l'abside de la chapelle du Royal Hospital de Chelsea, un témoignage rare du travail préparatoire d'un peintre vénitien pour une commande anglaise de grande envergure.

3. Guercino et Carlo Dolci, deux Italies du XVIIe siècle

Guercino, peintre bolonais actif dans la première moitié du XVIIe siècle, est connu pour un clair-obscur dramatique hérité du caravagisme, qu'il applique aussi bien aux scènes religieuses qu'aux sujets antiques. Les deux toiles de Guercino conservées à Dulwich permettent de mesurer cette tension entre ombre et lumière propre à la peinture bolonaise de sa génération, dans la lignée des Carrache.

Carlo Dolci, peintre florentin de la même période, prend le contre-pied de cette violence picturale : ses figures religieuses, peintes avec une minutie presque photographique, cultivent une piété douce et lisse, très éloignée des contrastes de Guercino. Entre ces deux tempéraments italiens du XVIIe siècle, la salle donne à voir deux manières opposées de peindre le sacré à la même époque — l'une par le choc de la lumière, l'autre par la douceur du fini.

Combien de temps

Les deux petits Raphaël méritent qu'on s'y attarde malgré leur taille modeste ; le reste de la salle se parcourt plus vite, en comparant les tempéraments plutôt qu'en cherchant un fil chronologique strict.

  • Saint François d'Assise et Saint Antoine de Padoue (Raphaël) — 8 minutes.
  • Tiepolo et Ricci — 6 minutes.
  • Guercino et Dolci — 6 minutes.

Sources et vérification

Faits vérifiés via le site de Dulwich Picture Gallery, le Metropolitan Museum of Art et des sources croisées (Art UK, Wikipédia FR/EN, Wikimedia Commons) pour les attributions, dates et dispersions d'œuvres.

Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site de la Dulwich Picture Gallery avant de suivre un itinéraire.

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