Cleveland Museum of Art · Salle 217

Un Caravage retrouvé en Espagne, quatre sorcières peintes pour les Médicis

Un tableau que l'on croyait perdu, connu seulement par des copies, et un cycle de sorcellerie qui n'a jamais quitté ses quatre panneaux depuis presque quatre siècles : la salle du baroque italien de Cleveland réunit deux histoires de redécouverte.

Salles et œuvres vérifiées sur la base de collections du musée

La Crucifixion de saint André, peinture du Caravage, au Cleveland Museum of Art
Le Caravage, La Crucifixion de saint André (1607) — Wikimedia Commons, CC0

Deux tableaux, deux longues absences

Le baroque italien de cette salle est fait de drame et de disparition : un retable de Caravage qui a passé la majeure partie de son existence hors d'Italie et hors de vue, et un ensemble de quatre petits tableaux ronds de Salvator Rosa consacrés à la sorcellerie, peints pour un cercle de collectionneurs florentins raffinés plutôt que pour l'Église.

1. Le Caravage qu'on ne connaissait que par des copies

La Crucifixion de saint André, peinte par Caravage à Naples en 1606-1607, est emportée en Espagne dès 1610 par le comte de Benavente, vice-roi de Naples, à la fin de son mandat, puis installée dans son palais familial de Valladolid — un inventaire de 1653 l'évalue déjà comme la pièce la plus précieuse de sa collection. Le tableau reste ensuite en Espagne pendant des siècles, connu des historiens de l'art uniquement par des copies et par une description ancienne, jusqu'à sa réapparition et son acquisition par le Cleveland Museum of Art en 1976, auprès de la collection Arnaiz à Madrid.

C'est aujourd'hui le seul retable de Caravage exposé aux États-Unis — sur les sept tableaux de l'artiste conservés dans des collections américaines, celui-ci est le seul à avoir été peint pour un usage liturgique plutôt que pour un collectionneur privé. Une campagne de restauration menée entre 2014 et 2017 a permis d'étudier en détail la technique de l'artiste sur ce tableau.

2. Quatre sorcières, quatre moments de la journée

Salvator Rosa peint ses Scènes de sorcellerie à Florence, à la cour des Médicis, entre 1645 et 1649 environ : quatre tondi (tableaux ronds) intitulés Matin, Jour, Soir et Nuit, chacun consacré à un type de sorcière différent — la belle enchanteresse, la vieille femme édentée, le sorcier masculin — et à des pratiques associées à la magie noire : lévitation, philtres d'amour, invocation de démons, métamorphoses. Le choix du format circulaire n'est pas anodin : le cercle est la figure traditionnellement associée aux rituels de magie, et Rosa en fait littéralement le cadre de ses scènes.

Ces tableaux s'inscrivent dans le goût florentin pour la satire, le grotesque et le morbide, et témoignent d'un intérêt contemporain pour la sorcellerie traité ici sur un mode érudit et littéraire plutôt que religieux ou moralisateur — une différence de ton nette avec la peinture religieuse qui les entoure dans la même salle.

3. Deux héritiers directs du Caravage

Samson, peint par Valentin de Boulogne vers 1630 pour la famille Barberini, montre le héros biblique appuyant sa tête sur sa main, pensif, entouré d'objets rappelant deux de ses exploits — une tête de lion tué à mains nues, la mâchoire d'âne utilisée pour massacrer mille Philistins. Sa cuirasse est fermée par une agrafe en forme de deux abeilles, emblème des Barberini qui avaient commandé le tableau comme pendant à un David victorieux peint par le même artiste en 1627 ; Valentin, formé à Rome dans le sillage direct du Caravage, se serait représenté lui-même sous les traits de Samson.

Danaé, d'Orazio Gentileschi, reprend une composition que le peintre avait déjà traitée à Gênes vers 1621-1622 — l'original de cette première version, longtemps considéré comme perdu, a refait surface dans une collection privée anglaise dans les années 1970 avant d'être acquis par le Getty Museum de Los Angeles, ce qui fait de la version de Cleveland une reprise autographe de la main même de l'artiste. Gentileschi y applique la méthode caravagesque de peindre directement d'après le modèle, poussé au plus près du plan du tableau, pour un rendu des drapés et des carnations d'une précision presque tangible.

4. Trois autres regards sur le baroque

Garçon buvant, peint par Annibale Carracci vers 1582-1583, précède de plus d'une décennie l'arrivée de Caravage à Rome : c'est l'une des toutes premières scènes de genre de la peinture italienne, un simple garçon buvant à un verre qui déforme son visage par réfraction — un exercice de naturalisme pur, sans sujet religieux ni mythologique, qui annonce déjà l'attention portée au réel que Caravage poussera plus loin.

Adoration des Mages, de Guido Reni (1642), est un grand retable (environ 3,67 m sur 2,69 m sans son cadre) qui se trouvait encore dans l’atelier du peintre à sa mort : certaines figures n’ont pas de couleur, la structure en bois n’a jamais été achevée, et le fond argenté apparaît partout, avec des repentirs comme la tête de chien au-dessus du genou de l’ange. Cet inachèvement ne s’explique pas seulement par la mort de Reni : en fin de carrière, il peignait de plus en plus dans une manière libre et sommaire, prisée des collectionneurs, comme si les formes concrètes ne pouvaient jamais représenter le monde spirituel idéal qu’il visait. Passé par les collections Barberini puis Corsini, à Rome et à Florence, le tableau est acquis par le musée en 1969 auprès de la galerie Colnaghi, à Londres.

Saint Pierre repentant, peint par Georges de La Tour en 1645 (signé et daté en haut à droite), montre l’apôtre en vieil homme : après avoir renié le Christ la nuit de son arrestation, Pierre reste rongé par la culpabilité. Ses yeux cernés de rouge et la lumière incertaine d’une lanterne évoquent des nuits d’angoisse sans sommeil ; les couleurs sourdes et les formes simples donnent à voir sa douleur. Contrairement à d’autres artistes inspirés par Caravage, La Tour travaillait dans un relatif isolement, dans le nord-est de la France, et son lien avec son homologue italien reste incertain. Le musée l’acquiert en 1951 auprès de la galerie Knoedler, à New York.

Combien de temps

Deux œuvres à forte présence dramatique — prenez le temps de regarder les quatre tondi de Rosa un par un avant de vous arrêter sur le Caravage, puis parcourez les caravagesques et les trois contrepoints qui les entourent dans la même salle.

  • La Crucifixion de saint André (Caravage) — 9 minutes.
  • Matin (Salvator Rosa) — 5 minutes.
  • Jour (Salvator Rosa) — 5 minutes.
  • Soir (Salvator Rosa) — 5 minutes.
  • Nuit (Salvator Rosa) — 5 minutes.
  • Samson (Valentin de Boulogne) — 8 minutes.
  • Danaé (Gentileschi) — 8 minutes.
  • Garçon buvant (Carracci) — 7 minutes.
  • Adoration des Mages (Reni) — 7 minutes.
  • Saint Pierre repentant (La Tour) — 7 minutes.

Sources et vérification

Vérifié auprès des notices officielles du Cleveland Museum of Art (clevelandart.org) et recoupé avec Wikipédia FR/EN.

Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site du Cleveland Museum of Art avant de suivre un itinéraire.

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