Deux tableaux, deux longues absences
Le baroque italien de cette salle est fait de drame et de disparition : un retable de Caravage qui a passé la majeure partie de son existence hors d'Italie et hors de vue, et un ensemble de quatre petits tableaux ronds de Salvator Rosa consacrés à la sorcellerie, peints pour un cercle de collectionneurs florentins raffinés plutôt que pour l'Église.
1. Le Caravage qu'on ne connaissait que par des copies
La Crucifixion de saint André, peinte par Caravage à Naples en 1606-1607, est emportée en Espagne dès 1610 par le comte de Benavente, vice-roi de Naples, à la fin de son mandat, puis installée dans son palais familial de Valladolid — un inventaire de 1653 l'évalue déjà comme la pièce la plus précieuse de sa collection. Le tableau reste ensuite en Espagne pendant des siècles, connu des historiens de l'art uniquement par des copies et par une description ancienne, jusqu'à sa réapparition et son acquisition par le Cleveland Museum of Art en 1976, auprès de la collection Arnaiz à Madrid.
C'est aujourd'hui le seul retable de Caravage exposé aux États-Unis — sur les sept tableaux de l'artiste conservés dans des collections américaines, celui-ci est le seul à avoir été peint pour un usage liturgique plutôt que pour un collectionneur privé. Une campagne de restauration menée entre 2014 et 2017 a permis d'étudier en détail la technique de l'artiste sur ce tableau.
2. Quatre sorcières, quatre moments de la journée
Salvator Rosa peint ses Scènes de sorcellerie à Florence, à la cour des Médicis, entre 1645 et 1649 environ : quatre tondi (tableaux ronds) intitulés Matin, Jour, Soir et Nuit, chacun consacré à un type de sorcière différent — la belle enchanteresse, la vieille femme édentée, le sorcier masculin — et à des pratiques associées à la magie noire : lévitation, philtres d'amour, invocation de démons, métamorphoses. Le choix du format circulaire n'est pas anodin : le cercle est la figure traditionnellement associée aux rituels de magie, et Rosa en fait littéralement le cadre de ses scènes.
Ces tableaux s'inscrivent dans le goût florentin pour la satire, le grotesque et le morbide, et témoignent d'un intérêt contemporain pour la sorcellerie traité ici sur un mode érudit et littéraire plutôt que religieux ou moralisateur — une différence de ton nette avec la peinture religieuse qui les entoure dans la même salle.
Combien de temps
Deux œuvres à forte présence dramatique — prenez le temps de regarder les quatre tondi de Rosa un par un avant de vous arrêter sur le Caravage.
- La Crucifixion de saint André (Caravage) — 10 minutes.
- Les Scènes de sorcellerie (Salvator Rosa) — 10 minutes.
Sources et vérification
Vérifié auprès des notices officielles du Cleveland Museum of Art (clevelandart.org) et recoupé avec Wikipédia FR/EN.
- Cleveland Museum of Art — The Crucifixion of Saint Andrew, Caravaggio
- Wikipedia EN — The Crucifixion of Saint Andrew (Caravaggio)
- Cleveland Museum of Art — Conserving Caravaggio's Crucifixion of Saint Andrew
- Cleveland Museum of Art — Scenes of Witchcraft, Salvator Rosa
- Cleveland Museum of Art — The Novel and the Bizarre: Salvator Rosa's Scenes of Witchcraft
Les accrochages et les ouvertures de salles peuvent changer. Vérifiez le jour même sur le site du Cleveland Museum of Art avant de suivre un itinéraire.
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